7,23 millions de dollars. C’est la somme que le budget 2026 du Liberia accorde au Monrovia Consolidated School System (MCSS), l’organisme créé par la loi en 1964 pour gérer les écoles publiques de la capitale et des communes voisines, celles dont dépendent les familles qui ne peuvent pas payer le privé. Rapportée aux 1,25 milliard de dollars votés par les députés pour l’année, en hausse de 41,9 % sur un an selon l’organisation de suivi budgétaire BudgIT, cette dotation représente 0,58 % de l’ensemble.
Le cortège s’est formé entre l’université du Liberia et le Capitole, siège du Parlement. Il a duré plus de deux heures. Les élèves, en uniforme, réclamaient le droit d’apprendre, après des mois de cours interrompus par les débrayages répétés d’enseignants non payés. La marche, organisée par le MCSS Students Union, est intervenue à l’expiration d’un ultimatum de vingt-quatre heures lancé la veille.
La pétition remise aux députés tient en quatre points : l’application d’un accord du 27 mars sur la rémunération et le statut des enseignants, une enquête sur des intimidations qu’auraient subies des responsables d’élèves, le départ d’un surintendant adjoint accusé de perturber les cours, enfin un budget scolaire plus élevé et des comptes plus lisibles. Ces accusations n’ont pas été vérifiées de façon indépendante.
Notre patience ne doit pas être prise pour de la faiblesse, et notre attachement à la paix ne doit pas servir à justifier une inaction prolongée pendant que l’éducation des élèves reste menacée
MCSS Students Union, dans sa pétition
La Chambre des représentants a lu le texte en plénière et donné une semaine à ses commissions de l’éducation et des pétitions. Quelques heures après la marche, le gouvernement a annoncé l’intégration des 201 derniers enseignants bénévoles du MCSS à la masse salariale de l’État à compter d’octobre, ce qui porte à 409 le nombre de bénévoles vérifiés absorbés ; les arriérés sont promis une semaine après le versement des salaires d’octobre. La revalorisation réclamée, elle, est renvoyée à une réforme salariale générale dont la date n’est pas fixée.
Ce qui arrive jusqu’à la salle de classe
Les salaires absorbent 67 % du budget du MCSS, les projets d’investissement 28 %. Reste 5,3 %, soit 380 000 dollars pour une année entière, afin de payer les livres, la craie, le nettoyage, les réparations et le carburant. Le détail de ces lignes éclaire la colère des élèves.
- Matériel pédagogique : 65 000 dollars, en baisse de 35 % par rapport aux 100 000 dollars de 2025, soit moins que les 70 000 dollars inscrits pour la papeterie.
- Fournitures de laboratoire : 5 000 dollars pour l’ensemble des laboratoires du réseau, contre 25 000 l’an dernier.
- Carburant des groupes électrogènes : 54 500 dollars, contre 2 000 dollars auparavant, vingt-sept fois plus, presque autant que tout le matériel d’apprentissage.
Les projections du gouvernement annoncent une nouvelle coupe de 44 % du budget de fonctionnement du réseau en 2027, à 212 112 dollars, le matériel pédagogique tombant à 36 282 dollars. La page 294 du document budgétaire pose un autre problème : elle évalue les dépenses d’investissement du MCSS pour 2025 à 388 691 dollars, dont 94 320 seulement, soit 24 %, au titre de la rénovation d’écoles. Le reste est imputé à la réforme du droit électoral (117 865 dollars), au soutien aux petites et moyennes entreprises (84 306), au nouveau siège du ministère des Finances (82 135) et à la modernisation de l’aéroport international Robert (10 065). Ailleurs, le même document chiffre ces dépenses à 320 150 dollars, entièrement consacrées à du mobilier. FrontPage Africa écrit que ces écritures peuvent relever d’une erreur de codification plutôt que d’un détournement, mais que le relevé officiel, tel qu’il est publié, ne peut être tenu pour fiable.
Ce qui passe avant l’école
Le secteur de l’éducation reçoit 136,3 millions de dollars en 2026, soit 10,9 % du budget. La sécurité et l’État de droit en reçoivent 154,9 millions, 18,6 millions de plus. Le service de la dette, lui, pèse 230 millions, 1,7 fois tout l’enseignement. Sur les 289,7 millions réservés aux projets d’investissement, l’éducation capte 5,3 %, quand les routes et l’énergie en prennent environ 61 %. Le Parlement, de son côté, passe de 41,3 millions en 2024 à 51,7 millions dans le projet de budget, dont 14,6 millions pour les seuls déplacements, biens et services : trente-huit fois ce dont disposent les écoles publiques de la capitale pour fonctionner pendant un an.
Le plan de développement du président Joseph Boakai, désigné par l’acronyme ARREST, affiche six priorités, dont l’éducation et l’agriculture. Cette dernière reçoit environ 1,19 % du budget, alors que le ministère de l’Agriculture s’est lui-même fixé une cible de 10 %. En décembre, le ministre des Finances, Augustine Kpehe Ngafuan, était revenu dans son ancienne école de Monrovia pour annoncer une hausse de 60 % en faveur des établissements de la capitale, assortie d’un fonds de 2 millions de dollars pour les réhabiliter. Le budget du MCSS est bien passé de 4,52 à 7,23 millions. Retirez la ligne d’investissement de 2 millions, largement non exécutée, et la progression retombe à 16 % environ. Le réseau, dans son bilan 2025, indique seulement avoir achevé la procédure de passation de marchés pour rénover quatre campus.
La pénurie d’enseignants dépasse Monrovia. Le ministère de l’Éducation recense 6 198 bénévoles qui travaillent sans salaire de l’État, et il a retiré en octobre plus de 1 000 enseignants ayant déserté leurs classes de la masse salariale ; des députés ont par ailleurs interrogé le gouvernement sur la part en dollars américains des traitements, impayée depuis octobre 2025. Le collectif budgétaire adopté en mai a ajouté 7,25 millions de dollars pour l’éducation, dont 73 % servent à combler des trous de paie et à intégrer des bénévoles. Le MCSS en a reçu 514 510 dollars, dont 200 000 pour ses bénévoles, environ 995 dollars par enseignant intégré. Neuf dollars sur dix de ce collectif proviennent de la Banque mondiale, pas des recettes libériennes. BudgIT a averti qu’une rallonge ponctuelle ne finance pas des salaires permanents, et le gouvernement prévoit un budget total ramené à 1,02 milliard de dollars en 2027.
Dans ce même collectif, le premier poste, 27,8 %, n’est allé ni aux écoles ni aux dispensaires, mais à l’administration publique : il couvre notamment la location d’une résidence d’ambassadeur à Accra et les célébrations de la fête de l’indépendance. Pour un pays de 5,2 millions d’habitants, qui se reconstruit encore après quatorze années de guerre civile achevées en 2003, l’arbitrage se lit sans commentaire.
Les commissions de la Chambre doivent rendre leurs conclusions le mardi 27 octobre. La réforme salariale promise aux enseignants n’a toujours pas de date de départ, et le budget 2027, en préparation, s’annonce plus étroit. Les élèves attendent un professeur devant un tableau.