450 000 tonnes par an. C’est le potentiel de production que l’Interprofession de la filière sésame du Mali (ISMA) attribue à la culture, un ordre de grandeur qu’elle associe à quelque 2 000 coopératives et petites entreprises agricoles et à plus de 50 000 emplois directs et indirects. Ces chiffres émanent de l’interprofession elle-même et décrivent un potentiel, non une récolte constatée.
Autour de la table, jeudi 3 septembre, le ministre Ibrahima Samaké et ses collaborateurs faisaient face à une délégation conduite par le président de l’ISMA, Soumaïla Coulibaly. À ses côtés, Seydou Keïta, ancien international de football devenu promoteur du complexe industriel SDA. Les échanges ont porté sur la promotion et la valorisation de la filière, présentée comme un levier de développement économique et social, selon le compte rendu publié par Bamada.
Le ministre a réaffirmé l’engagement de son département à accompagner les interprofessions agricoles. Aucun montant d’investissement, aucun calendrier et aucun engagement chiffré de l’État n’ont été rendus publics à l’issue de l’audience.
Une interprofession n’est pas un syndicat. Elle réunit autour d’une même table producteurs, transformateurs et commerçants, et sert d’interlocuteur unique face à l’État pour discuter des règles de la filière, de la qualité des semences ou du partage de la valeur. Au Mali, le modèle est ancien : c’est celui qui structure le coton depuis des décennies, avec un prix d’achat au producteur négocié campagne après campagne. Le sésame, lui, reste très en deçà du coton dans les recettes agricoles du pays.
La graine part encore largement brute. Comme dans plusieurs pays sahéliens, le sésame malien est majoritairement vendu non transformé à des acheteurs étrangers, les marchés asiatiques absorbant l’essentiel des volumes ouest-africains, et la valeur ajoutée du triage, de l’huile ou de la pâte se crée hors du continent. C’est précisément ce maillon industriel qu’un complexe de transformation installé au Mali viserait à capter, même si le contenu du projet porté par Seydou Keïta n’a pas été détaillé lors de l’audience.
Reste la question que l’audience n’a pas tranchée : qui met l’argent, et à quel prix la graine sera-t-elle achetée au producteur ? Le potentiel est annoncé. Le financement, lui, n’a pas de nom.