Aller au contenu
Reference infos Reference infos Afrique & Monde

SOCIÉTÉ : Les « lêkê », de simple sandale populaire à symbole culturel ivoirien

SOCIÉTÉ : Les « lêkê », de simple sandale populaire à symbole culturel ivoirien

À Abidjan, du quartier populaire de Yopougon aux avenues huppées de Cocody, un bruit familier accompagne le quotidien de milliers d’habitants : celui des « lêkê », également appelées « kpatcha ». Fabriquée en plastique ou en caoutchouc, cette sandale modeste s’est imposée au fil des décennies comme un véritable marqueur culturel en Côte d’Ivoire.Longtemps considérée comme un simple accessoire utilitaire, la lêkê raconte aujourd’hui une histoire à la fois sociale, économique et identitaire.

Une chaussure née de la nécessité

Le succès des lêkê repose avant tout sur leur praticité. Conçues pour résister aux conditions climatiques locales, elles supportent aussi bien les fortes chaleurs que les pluies abondantes qui caractérisent le climat ivoirien. Faciles à trouver dans les marchés d’Adjamé, Treichville ou Abobo, elles sont vendues à des prix accessibles, généralement compris entre 500 et 1 500 francs CFA. Cette accessibilité en a fait une chaussure adoptée par toutes les couches de la population. Autre atout : leur légèreté et leur résistance. Sur les terrains improvisés de « Maracana », le football de rue très populaire en Côte d’Ivoire, les lêkê sont devenues un équipement presque incontournable. Pour de nombreux jeunes, elles représentent la chaussure idéale pour jouer sans contrainte.

De symbole de modestie à accessoire tendanceAutrefois associées aux milieux modestes ou aux activités rurales, les lêkê ont progressivement changé d’image. Sous l’influence de la culture urbaine abidjanaise, du nouchi et du mouvement coupé-décalé, elles ont été réappropriées par une nouvelle génération.Porter des lêkê ne traduit plus seulement un choix économique. Pour beaucoup de jeunes, elles incarnent désormais l’authenticité, la proximité avec les réalités locales et une certaine fierté culturelle.Cette évolution s’est accompagnée d’une diversification des modèles. Déclinées dans une multitude de couleurs et de motifs, elles s’adaptent aujourd’hui aussi bien aux tenues traditionnelles qu’aux codes du streetwear contemporain.Une influence qui dépasse les frontières ivoiriennesLe phénomène des lêkê s’est progressivement étendu au-delà de la Côte d’Ivoire. Grâce aux mouvements migratoires, à la diaspora et à la popularité croissante des musiques urbaines africaines, ces sandales se sont répandues dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, notamment au Mali, en Guinée, au Sénégal et au Burkina Faso. Leur esthétique simple et fonctionnelle inspire également certaines marques de mode et créateurs qui revisitent régulièrement ce type de chaussure dans leurs collections estivales. Des marchés animés d’Abidjan aux vitrines de certaines enseignes internationales, les lêkê illustrent ainsi la capacité de la culture populaire africaine à transformer un objet du quotidien en symbole identitaire et en source d’inspiration mondiale.

Kony Bamba

Partager cet article

Nos sources 54 rédactions suivies, citées et liées
En écoute
…