Un million de déplacés. Près d’un habitant sur cinq a quitté son domicile au Liban depuis le 2 mars 2026, selon le décompte rapporté par France 24, qui fait aussi état de plus de 2 000 morts et de 7 000 blessés en sept semaines de guerre.
Ces sept semaines, Mohammad Yassine les a photographiées. Le photojournaliste, libanais lui-même, travaille pour L’Orient-Le Jour, le quotidien francophone de Beyrouth, et c’est cette couverture qu’il a rassemblée dans l’exposition présentée cette année à Visa pour l’image, sous le titre « la guerre de trop ».
Le rendez-vous est connu de toute la profession. Chaque début septembre, le festival international de photojournalisme accroche à Perpignan, dans les édifices anciens du centre-ville, les reportages de l’année écoulée : conflits, migrations, crises sanitaires, sujets au long cours. Les rédactions y viennent chercher des signatures, le public y entre gratuitement.
Ce que change la position de Mohammad Yassine tient en peu de mots : il ne rentre pas chez lui après le reportage, il y est déjà. Photographier une guerre depuis son propre pays, pour un journal de sa propre ville, suppose de vivre le déplacement, la pénurie et le deuil en même temps qu’on les documente.
Le titre, lui, dit une lassitude. Le Liban a traversé une longue guerre civile, puis plusieurs conflits armés au cours du dernier demi-siècle, et chaque épisode a laissé derrière lui des quartiers vidés et des familles dispersées. Un habitant sur cinq déplacé, ce n’est pas seulement une statistique humanitaire : ce sont des écoles transformées en abris, des commerces fermés, des loyers qui s’envolent dans les régions d’accueil.
Que reste-t-il à montrer d’une guerre quand les images de guerre saturent déjà les écrans ? C’est la question que pose, implicitement, une exposition construite sur la durée plutôt que sur l’événement.
Le décompte cité ne va pas au-delà de ces sept semaines ouvertes le 2 mars 2026. Les photographies, elles, resteront après le festival.