Neuf mille nairas, puis cinquante mille. C’est, pour l’engrais, l’écart que met en avant Atiku Abubakar. L’ancien vice-président nigérian aligne trois autres séries : l’essence passée d’environ 199 à 1 400 nairas le litre, le ciment d’environ 4 000 à 13 500 nairas, et le taux de change du naira contre le dollar d’environ 450 à 1 400. Ces chiffres figurent dans un communiqué signé de son assistant spécial principal chargé de la communication publique, Phrank Shaibu.
Les montants ne sont pas datés dans le communiqué : le candidat de l’African Democratic Congress oppose la situation actuelle à celle qui prévalait avant l’arrivée de Bola Tinubu au pouvoir, en 2023.
Tinubu n’a pas hérité de cette crise du coût de la vie des Nigérians. Ce sont ses politiques qui l’ont créée et aggravée. Il a retiré aux gens un soulagement, a rendu le carburant, la nourriture, le transport et la simple survie plus chers, et voudrait maintenant que les Nigérians applaudissent des statistiques alors que leurs poches sont vides.
Atiku Abubakar
La suppression de la subvention aux carburants, décidée par Bola Tinubu à son entrée en fonction en 2023, a mis fin à un dispositif qui maintenait le prix à la pompe en dessous du coût d’importation. L’État payait la différence. Atiku Abubakar y voit la cause de la hausse du carburant, du transport et de l’alimentation.
Subventionner la production plutôt que la pompe
À ce mécanisme disparu, il oppose une subvention à la production : soutenir les biens fabriqués et raffinés sur place, augmenter l’offre, faire baisser les prix pour le consommateur, avec un suivi des prix destiné à vérifier que l’aide publique arrive bien jusqu’à lui. Bola Tinubu s’y oppose, dit le candidat.
Deux références lui servent d’appui : la position de la Crude Oil Refinery Owners Association of Nigeria (CORAN), qui plaide pour un soutien au raffinage local, et les mesures du président américain Donald Trump en faveur de la production et du raffinage pétroliers aux États-Unis. Le gouvernement fédéral refuserait aux consommateurs ce qu’il accorde ailleurs : Atiku Abubakar affirme que l’exécutif de Bola Tinubu a consenti des exonérations, des incitations et des concessions à des compagnies pétrolières multinationales et à d’autres entreprises, une allégation rapportée par Vanguard et que la présidence n’a pas commentée.
Et après toute cette souffrance, qu’a reçu le Nigérian ordinaire ? Pas d’électricité fiable. Un prêt pour un diplôme. Pas de sécurité. Pas de N-Power. La nourriture est chère. Le transport est cher. La vie elle-même est devenue chère. Que défendent au juste les défenseurs de Tinubu ?
Atiku Abubakar
Les impayés remontent la chaîne
Le candidat cite aussi des informations selon lesquelles une part importante des actifs à court terme de grandes entreprises nigérianes serait immobilisée dans des factures clients impayées. Il y lit le recul du pouvoir d’achat : on vend, mais on encaisse de moins en moins.
Il prend l’exemple d’une vendeuse de produits surgelés à Kubwa, à Abuja, qui dépenserait davantage en transport, en électricité et en réapprovisionnement pendant que ses clients achètent moins ou demandent à payer plus tard. De proche en proche, détaillants, fournisseurs et autres entreprises se retrouveraient pris dans une chaîne d’obligations non réglées.
Ces chiffres dépassent le cadre nigérian. Le naira circule dans les marchés frontaliers du Niger, du Bénin et du Cameroun, et le Nigeria pèse sur les prix régionaux du ciment comme sur ceux des produits pétroliers. Quant à l’engrais, son prix décide chaque année de ce que sèment les producteurs de maïs, de riz et de sorgho.
L’élection présidentielle nigériane est attendue en 2027. Le prochain test ne sera pas un débat. Ce sera le prix de l’engrais à l’ouverture de la campagne agricole.