164 voix pour, une seule contre. Le décompte du vote sur le texte enregistré sous la cote A/80/L.104 ne laisse guère de place à la controverse diplomatique. La résolution encourage les gouvernements, les établissements scolaires et les entreprises technologiques à retenir des projections cartographiques qui restituent plus fidèlement la taille réelle des continents, celle de l’Afrique en premier lieu.
L’unique voix hostile est venue de Washington : les États-Unis sont le seul pays à avoir voté contre, selon Afrique-sur7, qui situe le scrutin au 4 septembre 2026. Les motifs de ce vote n’ont pas été détaillés.
Le débat porte sur une carte vieille de plus de quatre siècles. Mise au point au XVIᵉ siècle, la projection de Mercator conserve les angles, ce qui en fait un instrument commode pour la navigation maritime, mais elle étire les surfaces à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur. Résultat : les terres tropicales, où se trouve l’essentiel du continent africain, paraissent plus petites qu’elles ne sont, tandis que les hautes latitudes gonflent.
Aucune carte plane ne peut être exacte sur tous les plans à la fois : représenter une sphère sur une feuille impose de sacrifier soit les formes, soit les surfaces, soit les distances. Les projections dites équivalentes font le choix inverse de Mercator, en conservant les rapports de superficie au prix de la déformation des contours. C’est ce type de représentation que les promoteurs du texte veulent voir gagner les manuels scolaires et les applications de cartographie en ligne.
Reste la portée réelle de la décision. Une résolution de l’Assemblée générale n’a pas force obligatoire : elle recommande, elle n’impose pas. Ce sont les ministères de l’éducation, les éditeurs de manuels et les grands groupes technologiques qui décideront, ou non, de modifier leurs fonds de carte, et aucun calendrier n’a été communiqué.
Pour Lomé, l’exercice vaut aussi comme démonstration diplomatique. Porter un texte au nom de l’Union africaine devant les 193 États membres, et le faire adopter à cette échelle, place un pays de sept millions d’habitants au centre d’un vote continental. Les promoteurs de la résolution y voient une étape vers une représentation plus fidèle de l’Afrique sur les cartes du monde.
Le vote est acquis. Les cartes, elles, restent à redessiner, et la première épreuve viendra des salles de classe.