Les soldats maliens n’ont pas eu à livrer bataille. « Nous n’avons rencontré aucune résistance. Nous avons fait le travail en amont en bombardant les positions de l’ennemi et desserré progressivement son emprise », a déclaré à l’AFP un officier de l’état-major. Le Front de libération de l’Azawad (FLA) avait annoncé auparavant un « repli stratégique et maîtrisé de ses forces » destiné à « préserver des vies humaines », en précisant que la mesure était « temporaire ».
Le même jour, l’armée disait avoir lancé des « opérations aéroterrestres d’envergure » dans la région, avec pour objectif de « neutraliser les groupes armés terroristes opérant dans toute la région » et de restaurer « la sécurité des populations ». Mais la ville récupérée est largement déserte, selon plusieurs sources contactées par l’AFP. « Il n’y a plus un chat », a confié un chef de famille qui avait quitté Kidal la veille, lundi 5 octobre, avec ses proches.
Quelle est alors la portée réelle de cette reconquête ? « Ne change rien au rapport de force », estime Jean-Hervé Jézéquel, directeur du projet Sahel à l’International Crisis Group, qui souligne le caractère « symbolique » d’un succès qui « permet de nourrir l’idée que le régime n’est pas autant à terre que certains l’ont prétendu ». En avril, la prise de Kidal par le FLA et ses alliés jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, avait constitué un camouflet pour la junte au pouvoir à Bamako.
« Même si la perte de bastions symboliques et stratégiques tels que Kidal constitue un revers pour le FLA, cela ne signifie pas pour autant que ce dernier sera anéanti », relève Hasret Kargin, chercheur spécialiste du Sahel. La ville a déjà changé de camp plusieurs fois : tenue par des groupes rebelles pendant près d’une décennie, elle était repassée sous l’autorité de l’État malien en novembre 2023.
Pour l’armée, l’entrée dans Kidal intervient après une longue série de revers. Le JNIM a imposé un blocus à la capitale l’an dernier et multiplié les attaques d’ampleur. En septembre, l’assaut contre le camp de Dioura, dans le centre, a fait au moins cent morts parmi les militaires maliens, un bilan sans précédent dans un conflit ouvert en 2012.
Le rôle prêté à Alger
L’Algérie, longtemps brouillée avec Bamako, aurait pesé dans ce retrait. À la faveur d’un dégel diplomatique, Alger aurait demandé aux rebelles de ne pas réagir, afin de se poser en médiateur. « Pour obtenir ce réchauffement des relations et pour jouer un rôle de médiateur, il n’est pas du tout exclu qu’Alger ait demandé aux FLA de ne pas réagir militairement », a indiqué à l’AFP une source diplomatique régionale. Une source sécuritaire régionale a ajouté que « des sources rapportent effectivement qu’Alger a encouragé les rebelles à ne pas combattre », avant de s’interroger : « Alger est sur une ligne de crête. Comment continuer à s’entendre avec les rebelles et réchauffer véritablement les relations avec Bamako ? » Ces éléments restent invérifiables en l’état.
Les villes d’un côté, les campagnes de l’autre
Sur un territoire de 1 241 238 km², l’État malien conserve ses emprises militaires à Gao, Tombouctou et désormais Kidal, ainsi que les grandes villes du centre et du sud. Le reste lui échappe largement. Des camps ont été abandonnés par l’armée ces derniers mois, plus de 2 000 écoles ont fermé dans des localités du centre, et de nombreuses zones rurales vivent sous le contrôle des jihadistes à la faveur d’accords passés avec les chefs locaux. « L’État malien et ses partenaires, ce qu’ils contrôlent, ce sont les villes », résume Jean-Hervé Jézéquel. « Pour le reste, les campagnes, l’État ne fait qu’y circuler. »
Pour les commerçants et les éleveurs du nord, la question n’est pas de savoir quel drapeau flotte sur le camp militaire, mais si les pistes vers la frontière algérienne redeviennent praticables et si les écoles rouvrent. Le FLA, lui, a qualifié son retrait de temporaire. Kidal reprise n’est pas encore Kidal tenue.