Environ 200 000 euros. C’est la somme que la France a apportée pour financer cette étude, par le canal de sa contribution au Fonds pour l’environnement de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), l’agence des Nations unies chargée du transport aérien. Les travaux ont été menés dans le cadre du programme ACT-SAF (« Assistance, Capacity-building and Training for Sustainable Aviation Fuels »), par lequel l’OACI accompagne les États qui veulent bâtir une production locale de carburants d’aviation durables.
L’atelier de restitution a réuni à Abidjan des experts ivoiriens et étrangers. L’Autorité nationale de l’aviation civile (ANAC) y a exposé ses conclusions sur la faisabilité d’une filière nationale. Les carburants dits durables, désignés par l’acronyme anglais SAF, sont des substituts au kérosène fabriqués à partir de biomasse, de résidus agricoles ou de déchets, utilisables dans les moteurs d’avion existants.
Pourquoi le manioc et l’anacarde ? Parce que la Côte d’Ivoire en dispose en abondance. La noix de cajou est l’une des premières cultures d’exportation du pays, aux côtés du cacao et de l’hévéa, et le manioc figure parmi les racines les plus consommées dans les ménages ivoiriens. Financial Afrik indique que l’étude examine ces deux ressources comme matières premières possibles d’une production locale.
Pour un producteur d’anacarde de Bouaké ou de Korhogo, la question tient en trois mots : quel prix, quel volume, quel acheteur. L’étude présentée le 3 septembre ne fournit ni prix d’achat au producteur, ni capacité de production envisagée, ni site industriel. Une filière énergétique bâtie sur des cultures vivrières pose aussi la question de l’arbitrage avec l’alimentation, un débat déjà connu ailleurs sur les biocarburants de première génération.
L’enjeu dépasse l’agriculture. L’aéroport Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan est l’un des principaux points d’entrée aériens de l’Afrique de l’Ouest, et les compagnies qui s’y posent achètent aujourd’hui un carburant importé. Produire sur place changerait la facture énergétique du secteur, et donnerait un débouché industriel à des récoltes vendues brutes.
Aucun calendrier n’a été communiqué à l’issue de l’atelier. Reste à savoir qui transformera la récolte, et à quel prix elle sera payée au champ.