Quarante-trois sur cinquante-trois. C’est la part des zones de santé placées en urgence nutritionnelle en République démocratique du Congo qui se trouvent dans cinq provinces éloignées des foyers d’Ebola : le Sankuru, le Kasaï-Oriental, la Tshuapa, le Haut-Lomami et la Lomami.
Le Sankuru arrive en tête avec quatorze zones concernées, devant le Kasaï-Oriental (neuf), la Tshuapa (huit), le Haut-Lomami (sept) et la Lomami (cinq). C’est pourtant le Haut-Lomami qui porte le signal le plus grave : Malemba-Nkulu, Lwamba et Kinkondja sont les trois seules zones du pays classées au niveau maximal de sévérité.
L’autre carte, celle qui occupe aujourd’hui l’attention humanitaire, est celle de l’Est. Sur les 519 zones de santé analysées dans le pays, soixante-seize ont été retenues dans la révision du plan humanitaire en raison de niveaux élevés de sévérité, rapporte RFI. Trente-huit d’entre elles sont touchées par l’épidémie d’Ebola, principalement en Ituri et dans les deux Kivu, où les combats et les déplacements de population compliquent l’accès à la nourriture comme aux soins.
Cette révision fait bondir la cible. Le nombre de personnes à assister en priorité sur le plan nutritionnel passe d’environ 823 000 à près d’un million huit cent mille, soit plus du double.
Pourquoi un tel décalage entre la carte de l’épidémie et celle de la faim ? Les données de surveillance citées n’en donnent pas l’explication. Les provinces les plus touchées, elles, ont un point commun : issues du démembrement de 2015 qui a porté la RDC de onze à vingt-six provinces, le Haut-Lomami, la Lomami, le Sankuru et la Tshuapa comptent parmi les entités les plus enclavées du pays, où l’agriculture vivrière reste la principale source de revenus et où l’évacuation des récoltes dépend de pistes rarement praticables en saison des pluies.
D’où l’avertissement des experts cités dans ces données : renforcer la riposte contre Ebola dans l’Est ne doit pas conduire à reléguer au second plan des urgences nutritionnelles installées ailleurs depuis longtemps. Une épidémie attire les financements. Une malnutrition chronique, beaucoup moins.
La révision du plan humanitaire est toujours en cours. Ni son montant, ni son calendrier de mise en œuvre n’ont été communiqués. Reste à savoir qui financera le passage de 823 000 à 1,8 million de personnes à assister, et si les zones du Haut-Lomami classées au niveau maximal figureront dans l’enveloppe.