Soixante-trois tonnes en 2024, 103 tonnes en 2025. C’est l’écart qu’a mis en avant Stephen Adei, ancien recteur de l’Institut ghanéen de management et d’administration publique (GIMPA), pour mesurer le chemin parcouru par la production d’or enregistrée au Ghana. L’essentiel de ce bond vient, selon lui, de l’orpaillage artisanal, désormais mieux capté par les circuits officiels depuis la création du Ghana Gold Board (GoldBod).
L’économiste s’exprimait samedi 17 octobre 2026 au Labadi Beach Hotel d’Accra, à l’occasion de la 37e édition des prix annuels du marketing décernés par le Chartered Institute of Marketing Ghana (CIMG), placée cette année sous le thème « Brand Ghana Reimagined : Trust, Innovation and Growth in the AI Economy ».
Son propos tient en une distinction. Il ne demande pas l’arrêt de l’exploitation artisanale, mais sa mise aux normes. « En d’autres termes, même notre exploitation minière à petite échelle peut être menée d’une manière qui ne laisse pas le résidu de la mort, et c’est ce que l’État doit exiger : non pas cesser d’obtenir l’or, mais l’obtenir de la bonne façon », a déclaré Stephen Adei, cité par MyJoyOnline.
Le basculement vers les circuits formels répond à une anomalie connue : des quantités significatives d’or parti du Ghana apparaissaient dans les statistiques de destinations comme Dubaï ou l’Inde sans figurer dans la production officielle du pays. Les ventes à la Banque du Ghana alimentent aujourd’hui les réserves nationales, a-t-il ajouté.
Mais l’ancien recteur a assorti ce constat d’une réserve de taille. Une partie des gains tient à la conjoncture : le cours international qu’il a évoqué tourne autour de 4 000 dollars, et un recul marqué des prix créerait, selon lui, des difficultés. Un budget adossé à un métal dont le Ghana ne fixe pas le prix reste un budget exposé.
Vient ensuite la question fiscale, la plus sèche. S’appuyant sur des chiffres de l’Institute of Fiscal Studies, Stephen Adei a indiqué que l’exploitation à petite échelle avait représenté plus de la moitié des exportations d’or du pays l’an dernier, sans que l’État perçoive de redevance minière sur ce segment. Autrement dit, la moitié de la ressource échappe à la royalty que paient les grandes compagnies.
À cette facture s’ajoute celle de l’environnement. L’économiste a mis en avant la pollution des cours d’eau et la destruction des terres agricoles provoquées par des pratiques non encadrées, deux dégâts qui pèsent directement sur les communautés rurales et sur la production vivrière et cacaoyère. « Personne ne dit que nous ne devons pas sortir notre or, mais pas au prix de produits chimiques dangereux et de la culture de la mort », a-t-il affirmé.
Le galamsey, nom donné au Ghana à l’orpaillage illégal, revient dans le débat public à chaque campagne électorale sans que les mesures successives, saisies de machines, suspensions de licences, patrouilles fluviales, aient enrayé le phénomène. « D’autres pays ont de l’or, mais ils n’ont pas le galamsey », a lancé Stephen Adei.
Reste à savoir qui tranchera, et quand. Le GoldBod a prouvé qu’il savait capter le métal. Il lui faudra maintenant prouver qu’il sait en faire rentrer les redevances.