En Champagne, les vendanges ont démarré à la mi-août, bien plus tôt qu’à l’accoutumée, et la récolte y est estimée à près de la moitié de celle de l’an dernier. Le Jura suit de près, avec 37 % de perte attendue. En Bourgogne-Beaujolais, la production reculerait d’un tiers, selon Agreste, le service statistique du ministère de l’Agriculture chargé des chiffres de la ferme, de la forêt et de la pêche.
Au total, les premières estimations situent la vendange à un peu moins de 34 millions d’hectolitres, soit 6 % de moins que l’an dernier et 17 % sous la moyenne des campagnes 2021-2025. Un hectolitre représente cent litres, environ 133 bouteilles de 75 centilitres : l’écart avec la moyenne quinquennale se compte donc en centaines de millions de bouteilles.
Agreste attribue une partie de ce recul à la diminution du nombre et de la taille des vignobles, mais l’explique surtout par la météo. La sécheresse des sols s’est intensifiée dans tout le pays, et les vagues de chaleur ont provoqué par endroits échaudage, grillures, chute des feuilles et flétrissement des grappes, ce qui a réduit les volumes. L’année avait pourtant bien commencé, les fortes pluies de printemps ayant favorisé la pousse.
Les températures moyennes ont atteint 24 °C en juin, juillet et août, du jamais-vu depuis le début des relevés en 1900. Près de la moitié du pays a enregistré 40 °C ou davantage.
Tous les vignerons ne partagent pas ce diagnostic. Cécile Mathiaud, de l’association des producteurs de vins de Bourgogne, dit avoir été surprise par les chiffres publiés pour sa région. « Nous savons que nous n’aurons pas une récolte complète cette année, mais nous n’avons pas de chiffres définitifs et rien n’indique que la situation soit catastrophique », déclare-t-elle à The Guardian, ajoutant que certaines parcelles ont peu donné et d’autres plus que prévu. Sa référence reste 2021, année historiquement basse avec un million d’hectolitres ; elle table sur mieux cette fois, sans savoir de combien.
Dans le Bordelais, en Languedoc-Roussillon, dans le Sud-Est et le Sud-Ouest, les volumes dépassent ceux de l’an dernier, mais restent inférieurs à la moyenne quinquennale partout, sauf en Savoie. Les incendies qui ont approché à quinze kilomètres de Bordeaux n’ont pas touché directement les grands vignobles ; les vignerons craignent en revanche que la fumée ait pénétré la peau des raisins et altère le goût du vin, un défaut connu sous le nom de « goût de fumée ».
Le ministère publie d’ordinaire ses estimations début août. Cette année, il a repoussé son analyse à la demande de la filière, en raison du « niveau élevé d’incertitude entourant ces prévisions ». Agreste rappelle qu’il s’agit de projections : les résultats définitifs viendront des déclarations de récolte officielles des régions, plus tard dans l’année.
Cette vendange courte arrive dans une filière déjà fragilisée par la demande. La consommation annuelle par habitant en France est passée de 127 litres dans les années 1960 à 40 litres aujourd’hui. Aux États-Unis, premier marché d’exportation du vin français, la consommation baisse également, et les vins français encaissent les droits de douane imposés par Donald Trump : acquittés à l’entrée par l’importateur américain, ils se répercutent sur l’étiquette payée par le consommateur.
Les déclarations de récolte diront qui avait raison. Elles ne sont pas attendues avant la fin de l’année.