Retirez la cession, et les comptes changent de visage. Les recettes courantes de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) se sont élevées à Rs 1,006 milliard sur l’exercice clos le 30 juin 2025, pour des dépenses de Rs 1,114 milliard. L’équilibre vient d’ailleurs : un gain exceptionnel de Rs 301,1 millions provenant de la vente des actions détenues par la corporation dans MC Vision, compris dans un poste d’autres gains de Rs 302,97 millions. Un an plus tôt, l’exercice s’était soldé par un déficit annuel de Rs 88,3 millions.
Le redressement est réel, mais partiel. Le déficit accumulé du diffuseur public est ramené à Rs 1,2 milliard au 30 juin 2025, contre Rs 1,5 milliard un an auparavant, soit une amélioration d’environ Rs 338,3 millions. La situation nette reste négative : Rs 1,9 milliard d’actifs pour Rs 2,3 milliards de passifs, soit des actifs nets négatifs de Rs 331,2 millions, après Rs 669,6 millions l’année précédente. Une réévaluation actuarielle des obligations de retraite, à hauteur de Rs 144,3 millions, contribue également à ce mouvement.
La redevance, deux tiers des recettes
Le modèle économique de la MBC repose sur la redevance. Les licence fees ont rapporté Rs 644 840 674 sur l’exercice, contre Rs 641 637 715 l’année précédente, une hausse d’environ Rs 3,2 millions seulement. La part domestique, prélevée par l’intermédiaire du Central Electricity Board, représente Rs 604,84 millions ; les redevances non domestiques, dont celles des hôtels, Rs 54,05 millions. Dans le même temps, la publicité recule nettement : Rs 197,4 millions, contre Rs 269,5 millions en 2024.
Que resterait-il si la redevance mensuelle de Rs 150 disparaissait ? L’Alliance du changement en avait promis la suppression durant la campagne électorale de 2024. Les états financiers montrent que ces licence fees pèsent près des deux tiers des revenus comptabilisés dans l’état de la performance financière. La corporation a par ailleurs bénéficié d’un grant de Rs 50 millions du ministère des Finances, sans équivalent en 2024 ; les revenus issus de transactions sans contrepartie passent ainsi de Rs 10,5 millions à Rs 93,5 millions.
Un fonds de pension dans un rapport de un à vingt-trois
Le principal signal d’alerte vient des retraites. Au 30 juin 2025, les actifs du plan de pension de la MBC s’établissaient à environ Rs 79 millions, face à des obligations au titre des prestations définies approchant Rs 1,8 milliard. Le directeur de l’Audit, Dharamraj Paligadu, relève un rapport d’environ un pour vingt-trois entre les actifs du fonds et les engagements. Au passif non courant, les Retirement Benefit Obligations s’inscrivent à Rs 1,7 milliard, contre Rs 1,8 milliard en 2024.
Le même rapport formule une réserve sur les Capital Reserves de Rs 387 336 169 figurant à l’état de la situation financière. Dharamraj Paligadu indique n’avoir pas pu vérifier la validité de ce montant, faute d’explications satisfaisantes.
La masse salariale, elle, continue de progresser : Rs 516,4 millions de charges de personnel, contre Rs 485,4 millions un an plus tôt. Dans son message, le président du conseil d’administration, Amaresh Ramlugan, situe les coûts de personnel à 66 % des dépenses opérationnelles de l’exercice 2024-2025 et écrit que les besoins réels en effectifs restent difficiles à déterminer. Le conseil qualifie les recrutements des dernières années d’« unstructured and questionable », rapporte L’Express. Un audit des ressources humaines a été lancé. Au 30 juin 2025, la corporation employait 708 personnes, dont 557 permanents, 40 travailleurs à temps plein, 93 à temps partiel et 18 contractuels.
Nommé le 23 décembre 2024, après la fin du mandat du précédent conseil le 15 novembre, le nouveau board dit avoir hérité d’une situation financière précaire, « inheriting a precarious financial situation », selon la formule d’Amaresh Ramlugan. Le budget 2024-2025 tablait initialement sur un surplus opérationnel de Rs 63,98 millions avant dépréciation et amortissement ; le président évoque des ajustements liés à des dépenses engagées entre juillet et octobre 2024 et qualifie d’« unrealistic » les objectifs publicitaires fixés par l’ancienne direction.
Arrivé à la direction générale en décembre 2024, Alain Gordon-Gentil dit avoir trouvé une antenne affaiblie dans le traitement de l’information, les productions et la programmation. Il cite la refonte du journal de 19 h 30, ramené à trente minutes, et la levée de restrictions sur certains invités. Le conseil a par ailleurs finalisé une proposition de révision de la MBC Act ; aucun calendrier d’examen n’a été communiqué. La redevance, elle, continue d’être prélevée. Rs 150 chaque mois, sur la facture d’électricité.