Le Trésor burkinabè visait 125 milliards de francs CFA. Il en a recueilli 151,5 milliards, soit un taux de souscription de 121,2 %, à la clôture des souscriptions le 6 juin 2026, un mois après le lancement de l’opération le 6 mai. Les souscripteurs sont des investisseurs burkinabè et internationaux, résidents comme non-résidents, personnes physiques comme personnes morales.
Deux titres portent cette dette : les « TPBF Diaspora Bonds 6,75 % 2026-2031 » et les « TPBF Diaspora Bonds 6,85 % 2026-2033 ». La première tranche, d’un montant de 45 milliards de francs CFA, court sur cinq ans à 6,75 % l’an ; la seconde, de 80 milliards, sur sept ans à 6,85 %. Les deux montants détaillés totalisent 125 milliards, soit l’objectif initial : la répartition définitive des 151,5 milliards effectivement engagés n’a pas été précisée.
Que change l’entrée à la cote pour celui qui a souscrit ? La possibilité de revendre. Le directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique, Patindé Jean Yves Belem, a expliqué que les porteurs peuvent désormais céder tout ou partie de leurs obligations sur un marché régional régulé, et que cette admission enrichit la courbe des taux souveraine du Burkina Faso. « Cette cotation n’est pas une simple formalité », a-t-il insisté, en appelant les Burkinabè de l’intérieur comme de l’extérieur à continuer de financer les projets du Plan RELANCE.
Le directeur général de la BRVM, Dr Edoh Kossi Amenounvé, y voit un choix stratégique : capter l’épargne des diasporas par le marché financier de l’UEMOA plutôt que par les seuls canaux bancaires. L’Afrique doit diversifier ses sources de financement, a-t-il déclaré, dans un environnement international marqué par le renchérissement du coût de la dette et la rareté des flux de capitaux. La confiance, a-t-il ajouté, reste le principal actif d’un marché.
L’opération a été arrangée par Vista Bank Burkina, du groupe fondé par Simon Tiemtoré, dont le message a été transmis à Abidjan par Yao Kouassi. La Société burkinabè d’intermédiation financière (SBIF) était co-arrangeur et chef de file du syndicat de placement, aux côtés d’Oragroup Securities. Son directeur général, Alexis Lourgo, y a vu une première dans l’histoire financière du pays et un signe de confiance des investisseurs envers la signature burkinabè.
Le contexte de marché a joué. En 2025, l’indice BRVM Composite a progressé de 25,26 % et la capitalisation globale de la place d’Abidjan atteignait 24 781,3 milliards de francs CFA, selon les chiffres présentés lors de la cérémonie. Le 20 août 2026, la capitalisation du compartiment actions a franchi 20 000 milliards, tandis que le compartiment obligataire dépassait 12 600 milliards.
L’enjeu déborde le cas burkinabè. Chaque année, les diasporas africaines transfèrent des sommes considérables vers leurs pays d’origine, mais l’essentiel de ces envois finance la consommation des ménages, pas l’investissement productif. Un État sahélien qui parvient à placer sept ans de dette auprès de ses ressortissants trace un chemin que d’autres capitales de l’Union, du Mali au Sénégal, observeront de près. Reste à savoir à quel coût : 6,75 % et 6,85 % sont des taux fixes, payés en francs CFA, pendant cinq et sept ans.
Les titres arrivent à échéance en 2031 et 2033. D’ici là, c’est le marché secondaire qui dira ce que vaut la signature du Burkina Faso.