Cent quatre-vingt-onze Sénégalais, cent vingt-trois Gambiens, un Malien. C’est la composition de la pirogue en bois que les gardes-côtes mauritaniens ont abordée dans la nuit du mercredi 19 au jeudi 20 août, au large du port de pêche de Nouadhibou. Dans leur communiqué, les gardes-côtes détaillent la présence de trois femmes et vingt-neuf enfants parmi les passagers sénégalais, de quarante femmes et onze enfants parmi les Gambiens.
Parmi ces personnes figurent des hommes, des femmes et des mineurs, y compris des nourrissons, se trouvant dans une situation humanitaire difficile
Communiqué des gardes-côtes mauritaniens
Un responsable des gardes-côtes, qui s’exprime sous couvert d’anonymat, situe l’embarcation à la dérive au moment de l’intervention. Il affirme que les équipes ont secouru l’ensemble des passagers et leur ont prodigué les soins nécessaires, « conformément aux procédures légales et humanitaires en vigueur ». Ils étaient 315 à bord.
Après le débarquement, les autorités mauritaniennes conduisent habituellement ces rescapés, souvent affaiblis et choqués, vers un centre temporaire d’accueil. Là, des organisations humanitaires les reçoivent et les entendent, avant que leur situation administrative ne soit tranchée.
Le sauvetage s’inscrit dans une série. Mi-août, les gardes-côtes mauritaniens avaient déjà récupéré 42 personnes originaires de Gambie et du Sénégal, femmes et enfants compris, après une panne de moteur qui avait laissé leur embarcation dériver. Le 18 juillet, une autre pirogue partie de Gambie avec environ 190 personnes à bord avait été rejointe après près de 25 jours en mer, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés : 144 passagers sont morts ou portés disparus.
Il s’agit de l’un des débarquements les plus meurtriers auxquels les équipes de MSF ont assisté en Mauritanie depuis le début de l’année 2026
Médecins Sans Frontières
Pourquoi les pirogues partent-elles désormais de si loin ? Parce que le Sénégal, la Mauritanie et le Maroc ont renforcé leurs contrôles en mer, ce qui a déplacé les départs vers le sud, depuis les côtes gambiennes, bissau-guinéennes ou guinéennes. La conséquence est mécanique : davantage de jours de traversée, des embarcations surchargées et vétustes plus longtemps exposées à l’Atlantique, et des passagers qui manquent d’eau avant même d’apercevoir les Canaries. La route atlantique s’allonge.
Cette surveillance accrue a un financement. Nouakchott a signé en 2024 un partenariat migratoire avec l’Union européenne, doté de 210 millions d’euros, qui alimente le contrôle des frontières, les capacités de sauvetage en mer, la lutte contre les réseaux de trafiquants et des projets de développement. La même année, la route atlantique connaissait un record de traversées depuis la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie et la Guinée, avec environ 10 000 morts, rapporte AllAfrica. Pour beaucoup de jeunes Ouest-Africains, la restriction des visas européens ne ferme pas le projet de départ : elle le rend seulement plus cher et plus mortel.
Les 315 rescapés attendent maintenant de connaître leur sort à Nouadhibou. La prochaine pirogue, elle, est peut-être déjà en mer.