Vingt personnes arrêtées, des véhicules incendiés, des commerces pillés : les violences survenues cette semaine à Durban et à Johannesburg ont fait reculer le ministère de l’Intérieur sud-africain. L’armée a été déployée dans la région de Durban. En cause, une circulaire appliquée depuis fin septembre, qui permettait à davantage d’étrangers, y compris ceux dépourvus de papiers ou entrés illégalement, de déposer une demande d’asile sur place.
Cette directive ne sortait pas de nulle part. Elle découlait d’un arrêt rendu en juillet 2026 par la Cour constitutionnelle, la plus haute juridiction du pays, qui a jugé inconstitutionnelles certaines restrictions : un demandeur ne peut se voir refuser le dépôt d’une demande d’asile au seul motif qu’il est entré illégalement sur le territoire. Le gouvernement avait traduit cette décision en instruction administrative à la fin du mois de septembre.
L’annonce a provoqué de longues files d’attente devant les bureaux du ministère de l’Intérieur. Puis la contestation. Des groupes anti-immigration s’en sont pris à des biens et à des commerces, et l’exécutif a fini par suspendre le texte.
Je suis satisfait de voir que le ministère de l’Intérieur a suspendu le processus pour prendre le temps de bien expliquer aux gens ce qui est en train de se passer. Nous appelons au calme et précisons que personne ne va recevoir automatiquement le statut de réfugié.
Paul Mashatile, vice-président sud-africain
Le recul inquiète les juristes. « Cela donne l’impression que le gouvernement cède et recule face aux mobilisations violentes des groupes xénophobes. Je pense que cela va leur donner davantage d’importance et c’est ça le plus inquiétant », déclare Mametlwe Sebei, de l’organisation Lawyers for Human Rights, cité par Dakaractu. L’argument porte sur un point précis : ce n’est pas une politique qui est suspendue, mais la mise en œuvre d’une décision de justice.
La scène se joue au moment où l’Afrique du Sud célèbre le prix Nobel de la paix attribué à Navi Pillay, ancienne juge et figure de la défense des droits humains. Deux images du pays, à quelques jours d’intervalle. D’un côté, l’hommage international rendu à l’État de droit ; de l’autre, un gouvernement qui retire une circulaire sous la pression de la rue et se retrouve pris entre un arrêt qu’il doit appliquer et une opinion qui le conteste.
L’affaire concerne directement les ressortissants ouest-africains installés en Afrique du Sud, première destination du continent pour les migrants économiques, où les commerces tenus par des étrangers sont régulièrement visés lors des flambées de violence. Combien de dossiers d’asile étaient en cours au moment du retrait de la circulaire ? Le chiffre n’a pas été communiqué.
Reste la question que le retrait ne règle pas. Pretoria doit désormais expliquer par quels moyens il entend respecter l’arrêt de juillet 2026. Aucun calendrier n’a été annoncé.