Jusqu’à 125 millions de dollars par an. C’est ce que rapportait le commerce parallèle des pierres pendant la guerre civile sierra-léonaise, selon les estimations citées par France 24 dans un reportage diffusé le vendredi 9 octobre 2026. Le conflit, qui a déchiré le pays de 1991 à 2002, a fait plus de 120 000 morts, laissé des milliers de civils mutilés et vu des milliers d’enfants enlevés puis envoyés au combat. Les diamants en furent la principale source de financement.
De cette guerre est né un mot, « blood diamonds », et une industrie mise en cause pour sa complicité. Les grands pays producteurs et les groupes diamantaires internationaux ont engagé, il y a un quart de siècle, les discussions qui ont abouti au processus de Kimberley : un système de contrôle de l’origine des pierres brutes, destiné à empêcher que des gisements ne financent de nouveau une rébellion armée.
Le mécanisme est simple dans son principe. Chaque lot de diamants bruts exporté voyage accompagné d’un certificat attestant de sa provenance, et les États membres s’engagent à refuser les cargaisons qui en sont dépourvues. Le dispositif vise les pierres qui alimentent une guerre contre un gouvernement légitime. Il ne dit rien, en revanche, des conditions de travail dans les puits artisanaux ni du partage de la valeur entre l’exportateur et celui qui creuse.
Depuis, la communication des grands diamantaires s’est construite autour d’une promesse : des chaînes d’extraction éthiques, des pierres qui profiteraient autant aux groupes miniers qu’aux communautés locales. La question que pose le reportage est celle de la vérification. À Kono, district de l’est sierra-léonais qui fut l’épicentre du conflit, cette promesse s’est-elle traduite en routes, en écoles, en revenus ? Ni la production actuelle du district ni le gain d’un creuseur ne sont chiffrés dans le document.
L’enjeu dépasse la seule Sierra Leone. Le bassin du fleuve Mano, qui réunit Freetown, Monrovia et Conakry, a partagé dans les années 1990 les mêmes gisements alluvionnaires, les mêmes circuits de contrebande et les mêmes guerres. Pour ces trois économies, le diamant artisanal reste une activité de main-d’œuvre : des dizaines de milliers de personnes y travaillent à la pelle et au tamis, en marge des grandes concessions industrielles, et la valeur se forme très loin des sites d’extraction, dans les comptoirs de taille et de négoce.
Kono a donné ses pierres. Reste à savoir ce que le district a reçu en retour, et qui, de l’État sierra-léonais ou des acheteurs étrangers, acceptera d’en publier le compte.