Le dossier porte le numéro FHC/PH/CS/193/2026. Devant la Haute Cour fédérale de Port Harcourt, le Peoples Redemption Party (PRP) et son candidat à l’élection du gouverneur, Kieghe Nature Dumale, demandent aux juges de dire que le All Progressives Congress (APC) n’est pas en droit de présenter un candidat au scrutin de l’État de Rivers, fixé au 6 février 2027.
La Commission électorale nationale indépendante (INEC) est citée comme première défenderesse, l’APC comme seconde. Les plaignants formulent deux demandes principales : une déclaration d’inéligibilité visant l’APC, puis une injonction ordonnant à l’INEC de retirer le parti et son candidat de la liste des formations autorisées à concourir pour le poste de gouverneur.
Leur argumentaire part d’une décision de la Cour suprême rendue le 24 septembre dans l’affaire Independent National Electoral Commission contre Zenith Labour Party, enregistrée sous le numéro SC/CV/495/2026. Cet arrêt porte sur la constitutionnalité de l’article 77(5)-(7) de la loi électorale de 2026 et valide, selon les plaignants, le pouvoir de l’INEC de faire respecter ces dispositions ou de sanctionner les partis. Le président de la commission, Joash Amupitan, SAN, a annoncé que l’institution étudierait la décision afin de s’y conformer.
Un nom absent du registre
Dans un affidavit de dix-huit paragraphes qu’il a lui-même déposé, Kieghe Nature Dumale retrace la chronologie. Par une lettre datée du 20 avril, l’APC a informé l’INEC que ses primaires pour les élections générales de 2027 débuteraient le 15 mai. Le même jour, le parti a transmis à la commission son registre des membres. Pour la circonscription électorale 3(B) de la zone de gouvernement local d’Obio/Akpor, la dernière inscription relevée dans ce document est celle d’Ibrahim Haruna, enregistrée le 8 février 2026 sous le numéro d’ordre 194.
C’est là que se noue le litige. Le nom de Chinda Kingsley Ogundu, présenté par l’APC comme vainqueur de la primaire organisée le 21 mai 2026, ne figure pas dans ce registre, affirment les plaignants. L’intéressé se serait inscrit le 27 avril 2026, soit après la transmission du document à l’INEC. Les requérants soutiennent en outre que le même nom apparaît au numéro 74917 du registre des membres du Peoples Democratic Party pour Obio/Akpor. L’APC n’a pas réagi à ces allégations dans l’article de Vanguard.
Les plaignants reprochent à l’INEC de ne pas avoir vérifié ses propres archives avant de publier la liste définitive des partis et des candidats. Ils rappellent que la commission a diffusé, le 13 octobre, un communiqué indiquant qu’elle appliquait la décision de la Cour suprême, en vertu de l’article 287(1) de la Constitution de 1999 telle qu’amendée, et qu’elle avait écarté les formations n’ayant pas respecté l’article 77(5)-(7). Ce traitement, selon eux, n’a pas été étendu à l’APC.
Rivers, un État qui pèse
L’enjeu dépasse la querelle de procédure. Rivers est l’un des principaux États producteurs de pétrole du delta du Niger, et sa capitale, Port Harcourt, concentre une part importante des activités de la filière, des terminaux aux sous-traitants. Celui qui dirige l’État gère l’un des budgets régionaux les plus importants du pays, alimenté par les transferts fédéraux et par la part dérivée des recettes pétrolières que la Constitution réserve aux États producteurs. Chaque contentieux sur une candidature y prend donc une portée financière autant que politique.
Les requérants sont représentés par une équipe d’avocats conduite par Doueyi Fiderikumo. Aucune date d’audience n’a été fixée. Le calendrier électoral, lui, continue de courir vers le 6 février 2027.