Les engins n’ont pas cessé de tourner. Vingt heures par jour, sept jours sur sept, selon les documents déposés devant la justice par les avocats du département de la Justice, cités par Al Jazeera. L’administration américaine affirme que 65 % du projet est achevé, après dix mois de travaux sur ce bâtiment de 8 400 mètres carrés, plus vaste que le corps principal de la Maison Blanche.
L’ordonnance signée par John Roberts est provisoire. Elle gèle l’échéance fixée par la cour d’appel, qui expirait le même jour, le temps que la Cour suprême examine le recours d’urgence de l’exécutif. Roberts est intervenu parce qu’il supervise les appels venus des juridictions de la capitale fédérale.
En avril, le juge de district Richard Leon, nommé sous la présidence de George W. Bush, avait ordonné l’arrêt des travaux en surface. Le président n’est pas « le propriétaire » de la Maison Blanche, avait-il écrit, estimant qu’une transformation de cette ampleur relevait du Congrès. Le magistrat avait toutefois prévu une exception pour les travaux nécessaires à « la sécurité et la sûreté de la Maison Blanche ».
Une formation de trois juges de la cour d’appel a confirmé cette injonction au début du mois. « La question de savoir si une salle de bal géante doit être construite appartient au Congrès et ne relève pas de l’initiative de l’exécutif », ont écrit deux juges nommés par des présidents démocrates. Le troisième, nommé par Donald Trump, a jugé que le National Trust for Historic Preservation n’avait pas qualité pour agir et qualifié l’injonction d’« abus flagrant de pouvoir d’appréciation ». La décision avait été suspendue quatorze jours pour permettre à l’administration de saisir la Cour suprême.
Devant les juges, l’exécutif plaide la sécurité nationale et la protection du chef de l’État. Sous la salle de bal, un complexe militaire souterrain de cinq niveaux doit abriter des abris, un hôpital et des installations destinées à protéger le président et de hauts responsables en cas de crise. Des responsables de l’administration décrivent une salle renforcée par des colonnes résistantes aux missiles et une toiture conçue pour arrêter les drones. Laisser le site en l’état, c’est-à-dire un chantier ouvert, compliquerait la protection de la Maison Blanche, fait aussi valoir le département de la Justice.
« C’est quelque chose que les présidents veulent depuis 150 ans, et que l’armée réclame depuis 100 ans », a écrit Donald Trump sur les réseaux sociaux après l’ordonnance, ajoutant que le chantier était « en dessous du budget et en avance sur le calendrier ». Le président américain s’est dit « reconnaissant » envers la Cour.
Le coût annoncé du projet atteint 400 millions de dollars. Donald Trump avait assuré qu’il serait financé par des dons privés ; ses détracteurs relèvent que l’administration a également cherché des fonds publics. Environ 200 millions de dollars de dons privés ont été dépensés ou engagés, selon les avocats du gouvernement. La démolition de l’aile est, vieille d’un siècle, a été menée en octobre sans annonce préalable au public.
Le recours judiciaire est né d’une plainte déposée en décembre par le National Trust for Historic Preservation, pour qui le président ne détient aucun pouvoir unilatéral en la matière. Les avocats de l’organisation reprochent à la Maison Blanche d’avoir accéléré les travaux pour « devancer les tribunaux ». L’ambition immobilière du président américain est ancienne : il aurait approché l’administration de Barack Obama à ce sujet dès 2010.
Au Sénat, le chef de la minorité démocrate, Chuck Schumer, a dénoncé la dépense : « Alors que les coûts explosent, l’administration gaspille de l’argent dans une guerre interminable et illégale, des cadeaux aux entreprises et les projets personnels de Trump. »
Aucun calendrier n’a été communiqué pour la décision de fond. Une ordonnance provisoire n’est pas un arrêt. Six des neuf juges ont été nommés par des présidents conservateurs, mais la Cour a déjà censuré, après examen complet, des mesures qu’elle avait laissé s’appliquer en urgence.