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Dette souveraine

Moody’s abaisse la note du Sénégal à Caa2 en pleine négociation avec le FMI

L'agence Moody's a ramené vendredi 28 août la note souveraine du Sénégal de Caa1 à Caa2, avec une perspective négative, rapporte Dakaractu. La décision tombe pendant la mission du Fonds monétaire international à Dakar, qui s'achève le 1er septembre.

Senegal River 2, Sénégal. Image d'archive.
Senegal River 2, Sénégal. Image d'archive. Photo : Adjoajo / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

La dégradation frappe les notes d’émetteur à long terme du Sénégal, en devises étrangères comme en monnaie locale, ainsi que la dette senior non garantie en devises. La note de court terme reste fixée à « Not Prime ». Dans la grille de Moody’s, Caa2 range un emprunteur parmi les signatures dites très spéculatives : chaque cran perdu se paie en points de rendement supplémentaires exigés par les prêteurs, donc en francs CFA prélevés sur le budget de l’État.

Le calendrier est serré. Une mission du Fonds monétaire international travaille à Dakar depuis le 19 août et doit repartir le 1er septembre. Elle négocie avec les autorités les contours d’un nouveau programme, dossier suspendu depuis l’échec, acté début novembre 2025, du précédent dispositif à décaissement : le gouvernement avait alors refusé d’envisager une restructuration de sa dette. Le prêt gelé portait sur 1,8 milliard de dollars.

Ce que les marchés facturent déjà

Les investisseurs n’ont pas attendu l’agence. Entre septembre et décembre 2025, les Eurobonds sénégalais ont perdu environ 20 % de leur valeur et les écarts de rendement sur les marchés internationaux ont doublé, passant d’une moyenne annuelle de 800 points de base à 1 500. Cent points de base valent un point de pourcentage : emprunter quinze points au-dessus de la référence revient, en pratique, à voir se fermer le marché international. L’obligation à échéance 2048 s’échangeait à 51 centimes pour un euro, soit une décote de 49 %. Celle de 2028, dont l’amortissement a commencé en mars 2026, affichait plus de 30 % de décote.

Une note d’Oxford Economics datée du 4 juin 2026 situait les spreads souverains sénégalais au niveau de ceux du Venezuela et du Liban, deux pays historiquement associés au défaut de paiement.

Moody’s chiffre la pression qui pèse sur les finances publiques. Les besoins de financement bruts approchent 25 % du PIB, le seul remboursement annuel du principal en représente environ 18 %, et les paiements d’intérêts absorbent 23,7 % des recettes de l’État en 2026, contre 16,1 % en 2023. Autrement dit, près d’un franc sur quatre encaissé par le Trésor part en intérêts avant la moindre dépense d’école, de santé ou de route. La dette publique totale, entreprises publiques comprises, avoisine 108 % du PIB selon l’agence, quand le FMI l’estimait à 132 % du PIB fin 2024, après la révélation d’une part de dette cachée sous le précédent gouvernement.

Le filet régional se tend. Lors des adjudications de l’UEMOA de décembre 2025, le Trésor a levé 35 milliards de francs CFA sur les 95 milliards proposés, et le rendement moyen pondéré a gagné 158 points de base en un seul mois. En mars 2026, Dakar a mobilisé près de 485 millions de dollars, dont environ 394 millions de principal, pour honorer une tranche de l’Eurobond de 2,2 milliards de dollars émis en 2018, en se tournant vers les banques locales faute d’accès aisé au marché international. D’autres échéances tombent en 2026, année que la Banque mondiale a identifiée comme un pic de remboursements pour l’Afrique subsaharienne.

Le verrou monétaire de l’UEMOA

Un élément retient la chute. L’appartenance à l’Union économique et monétaire ouest-africaine demeure, pour Moody’s, un soutien important : l’arrimage du franc CFA à l’euro et les réserves de change régionales, proches de 38 milliards de dollars fin mai 2026, éloignent le risque d’une crise de change ou de balance des paiements. La contrainte budgétaire, elle, reste entière. L’agence a par ailleurs abaissé les plafonds pays, de Ba3 à B1 en monnaie locale et de B1 à B2 en devises étrangères, un seuil qui limite la notation des banques et des entreprises sénégalaises empruntant à l’étranger.

Moody’s relie explicitement sa décision aux tensions institutionnelles. Le limogeage de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko, puis son élection à la présidence de l’Assemblée nationale, ont exacerbé le rapport de force entre l’exécutif et le législatif. L’agence y voit un risque accru de retards dans la mise en œuvre des mesures budgétaires.

C’est la troisième dégradation du Sénégal en un peu plus d’un an. En octobre 2025, le passage de B3 à Caa1 avait provoqué la riposte du ministère des Finances, qui jugeait les hypothèses de l’agence « spéculatives, subjectives et biaisées ». S&P a suivi plus tôt cette année, rapporte Dakaractu. La mission du FMI quitte Dakar le 1er septembre. Ce qu’elle rapportera à Washington pèsera, pour les créanciers, plus lourd que la lettre de la note.

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TERANGA Sénégambie et espace lusophone : Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau, Cabo Verde. Vie politique, pêche, ports, migrations, création culturelle. teranga@www.referenceinfos.com

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