Un bidon de vingt litres d’huile rouge dite de maquino se vend 180 000 francs guinéens sur le marché de Nongoa, et 200 000 francs pour la qualité présentée comme « originale ». Ces prix sont ceux qu’indique Finda Fatouma Koundouno, commerçante guinéenne installée sur le marché, dans le reportage publié par Africa Guinée. L’huile vient de Sierra Leone.
Le passage de Yenga-Koindu-Nongoa est resté fermé quatorze mois. La fermeture date du 28 avril 2025, dans un climat de tensions autour du statut de la zone de Yenga ; la réouverture officielle est intervenue le 24 juin 2026, les autorités sierra-léonaises l’ayant rendue publique le 6 juillet suivant. Entre les deux, les riverains ont vécu au ralenti.
Sur les rives du Makona, les pirogues ont repris leur va-et-vient. « Il y a eu un impact majeur, parce que le port de Nongoa est le poumon économique de la préfecture de Guéckédou », déclare Mohamed Koivogui, coordinateur préfectoral des débarcadères de Guéckédou. Selon lui, plus de 200 jeunes travaillaient au débarcadère avant la fermeture, et tous sont partis chercher un emploi ailleurs, vers Siguiri ou Nzérékoré. « La ville était presque morte », dit-il.
Que traverse-t-il aujourd’hui le fleuve ? Des produits agricoles, pour l’essentiel. « Les produits qui viennent de la Sierra Leone, c’est surtout l’huile, la patate », énumère le coordinateur préfectoral des débarcadères, qui cite aussi le savon, la banane et le manioc. Les commerçants sierra-léonais repartent chargés de chaussures, de vêtements et d’articles achetés côté guinéen : le commerce fonctionne dans les deux sens, sur des habitudes anciennes entre communautés voisines.
Pendant la fermeture, plusieurs commerçantes ont continué à passer par des voies clandestines, au risque de tout perdre. Finda Fatouma Koundouno rapporte que les contrôles se soldaient par des amendes et que « beaucoup de personnes perdaient leurs produits et leur argent ». La rentrée d’argent quotidienne de dizaines de familles dépendait de ces traversées.
À Nongoa, la frontière n’est pas qu’une affaire de marchandises. Les mêmes familles vivent de part et d’autre du Makona, et les mariages entre Guinéens et Sierra-Léonais sont nombreux dans cette partie de la Guinée forestière. « Aujourd’hui, si nous prenons au niveau de la géographie, de la culture, la Guinée et la Sierra Leone, c’est la même famille », affirme Tamba Gabriel Bongono, maire de Nongoa.
Anesse Saba, commerçante sierra-léonaise venue vendre de l’huile sur le marché guinéen, dit son soulagement et adresse une demande aux trois États voisins.
Nous, les femmes qui évoluons dans le business du côté de la Sierra Leone, du Liberia et de la Guinée, nous formulons un plaidoyer auprès des autorités pour qu’elles nous aident à bien vivre ensemble dans la paix et à pratiquer notre activité sans problème.
Anesse Saba, commerçante sierra-léonaise
Aucune annonce n’a été faite sur l’avenir du statut de Yenga, à l’origine de la fermeture de 2025. Les pirogues, elles, ont repris le fleuve.