Trois fois plus en douze mois. Le pétrole extrait du champ de Sangomar, entré en production en juin 2024, a connu en 2025 sa première année complète de commercialisation, et l’effet sur la balance commerciale du Sénégal se lit sans loupe : la valeur du brut exporté est passée de 464 à 1 528 milliards de francs CFA, soit une hausse de 1 064 milliards.
Sur la même période, les exportations totales du pays sont passées de 3 909 à 5 805 milliards de francs CFA, une progression de 48,5 % que l’agence de la statistique attribue principalement au brut et au gaz naturel. Rapporté à cet ensemble, le seul pétrole représente un peu plus du quart des ventes du Sénégal à l’étranger, et plus de la moitié de leur augmentation en un an.
L’Europe reste le premier client. Les cargaisons expédiées vers le continent européen ont généré 978,6 milliards de francs CFA en 2025 ; en cumulant 2024 et 2025, ce marché aurait apporté plus de 1 141 milliards à la balance commerciale sénégalaise. L’Asie suit, avec des livraisons vers les raffineries du continent passées de 293 à 427,6 milliards de francs CFA d’une année sur l’autre. Le continent américain absorbe une part plus réduite, mais régulière.
Derrière cette répartition par continents, le cercle des acheteurs est étroit. L’analyse des données douanières citée par Dakaractu, qui reprend le travail de L’Observateur, place cinq pays à 93 % du brut de Sangomar : les Pays-Bas en tête avec 32 % des exportations de 2025, devant la Chine (25,3 %), l’Italie (14,7 %), l’Espagne (13,6 %) et les États-Unis (7,4 %).
La première place néerlandaise mérite une lecture prudente. Rotterdam concentre des capacités de raffinage et de redistribution qui font du port un point de passage autant qu’une destination : un baril enregistré aux Pays-Bas par la douane peut être transformé puis consommé ailleurs en Europe. La statistique dit où va le navire, pas toujours où finit le carburant.
Reste ce que cette concentration implique pour Dakar. Un brut vendu à cinq clients, sur un marché mondial dont le cours ne se décide ni à Dakar ni à Sangomar, expose les recettes du pays à deux aléas simultanés : le prix du baril et les décisions d’achat d’un très petit nombre de raffineurs. Les données citées ne précisent pas la part de ces ventes qui revient à l’État sénégalais.
Cinq clients, un seul champ. Les prochaines statistiques de l’agence nationale diront si ce cercle s’élargit, ou si le pétrole sénégalais continue de partir presque entièrement vers les mêmes ports.