Trois courts-métrages, trois réalisatrices. « Mia » l’a emporté devant « L’Audition » d’Annaïs Irma Kayaba Kéré et « Sous le ronier » d’Orokia Barro, dans une compétition consacrée cette année à la fiction courte. La remise du prix a clos la huitième édition de la Semaine de la critique de cinéma de Ouagadougou (SECRICO), placée sous le thème « Les Étalons d’or de Yennenga, éléments d’émulation du cinéma au Burkina Faso ».
Le film raconte le harcèlement sexuel subi par une adolescente de la part de son petit ami. Il aborde aussi les dangers liés à une mauvaise utilisation du téléphone portable et la vulnérabilité de jeunes qui ne mesurent pas toujours les conséquences de leurs choix. La réalisatrice dit avoir puisé dans l’observation de la société et dans le souvenir de cet âge où l’on cherche à contourner l’autorité des parents.
En tant que femme, nous avons toutes été adolescentes, et à un certain moment, on a voulu défier l’autorité des parents pour participer soit à une fête, soit à une partie entre jeunes. Et moi, avec du recul, je me suis rendue compte qu’on s’exposait à des dangers dont on n’avait pas forcément conscience
Hana Halia Lebo Traoré, réalisatrice de « Mia »
« Mia » est sa première réalisation. « C’est une première expérience en tant que réalisatrice qui me donne envie de faire encore beaucoup plus, de chercher, d’apprendre et de raconter encore des histoires qui me parlent et qui, je l’espère, vont parler aux gens », déclare-t-elle.
Trois critères d’appréciation
Le jury ne s’est pas arrêté au sujet. Selon Annick Rachel Kandolo, vice-présidente de l’Association des critiques de cinéma du Burkina (ASCRIC-B), trois critères ont guidé l’examen des œuvres : la créativité, dans la narration comme dans les choix techniques, image, montage et musique ; la pertinence du sujet ; et sa portée au-delà du contexte burkinabè. « Si moi, je suis issue de la Côte d’Ivoire ou des îles Galápagos, est-ce que cette histoire me toucherait à l’heure actuelle ? », illustre-t-elle.
Un sujet important ne suffit donc pas, explique la vice-présidente de l’association : encore faut-il que la manière de le raconter atteigne un spectateur étranger à l’environnement du film. C’est sur cet ensemble que « Mia » a été retenu.
Un prix sans dotation
La distinction ne s’accompagne d’aucune récompense financière. Son président, Abraham Bayili, situe sa valeur ailleurs : l’ASCRIC-B veut lui construire progressivement une portée médiatique, une crédibilité professionnelle et une reconnaissance durable auprès des institutions, des partenaires et des professionnels du secteur. L’association a remercié pour leur accompagnement le ministère de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, l’Agence burkinabè de la cinématographie et de l’audiovisuel (ABCA) et la Fédération nationale du cinéma et de l’audiovisuel (FNCA), dont elle est membre.
Le cinéma ne se limite pas seulement à la réalisation des films. Il a aussi besoin de regards capables de les analyser, de les questionner, de les défendre et de les faire connaître
Abraham Bayili, président de l’ASCRIC-B
Particularité de l’édition : les trois œuvres sélectionnées étaient toutes signées par des femmes. Le président de l’ASCRIC-B y voit le signe d’une place grandissante des réalisatrices dans la production nationale, et estime que le visage du cinéma burkinabè pourrait devenir davantage féminin au cours des cinq prochaines années, selon Lefaso.net.
La première phase de la SECRICO avait été consacrée à la projection des films burkinabè couronnés par l’Étalon d’or de Yennenga au Fespaco, suivie d’échanges sur ce que ces distinctions apportent à la création locale, et à un travail sur les techniques d’écriture de la critique. La seconde a porté le prix. Un nouveau rendez-vous est annoncé le 31 octobre 2026 à l’ISIS, avec la projection des trois courts-métrages en compétition, sous réserve de l’accord des productions, puis une discussion avec le public.