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Sénégal

À Dakar, patrons et juristes mesurent l’avancée de l’IA dans les métiers des ressources humaines

Un tiers des activités informatiques serait déjà pris en charge par l'intelligence artificielle, a affirmé le directeur du capital humain de la Sonatel lors de la Rencontre des décideurs de Dakar 2026, dont Dakaractu a rendu compte le dimanche 18 octobre 2026.

Pointe des Almadies - Senegal, Sénégal. Image d'archive.
Pointe des Almadies - Senegal, Sénégal. Image d'archive. Photo : Jeff Attaway / Wikimedia Commons, CC BY 2.0

33 % des activités informatiques sont déjà prises en charge par l’intelligence artificielle, pour une capacité théorique de 94 %. Le chiffre vient d’une analyse de la société Anthropic portant sur plus de 800 métiers, citée à la tribune par El Hadji Birahim Guèye, directeur du capital humain de la Sonatel et ancien informaticien. Sa conclusion tient en une ligne : celui qui n’utilise pas l’IA sera remplacé par celui qui l’utilise.

Le responsable de l’opérateur sénégalais, filiale du groupe Orange, a relevé qu’aucune hausse systématique du chômage n’était imputable à ces outils. Mais les recrutements de jeunes ont baissé d’environ 14 %. Dans un pays à population jeune, il y voit un risque majeur.

Dans les ressources humaines, El Hadji Birahim Guèye juge la paie, le recrutement, la formation et l’analyse « fortement impactés » dès maintenant, citant l’examen d’environ 2 000 CV en quelques heures. Interrogé sur la confidentialité, il a indiqué que le groupe Orange dispose d’une plateforme sécurisée, avec des données hébergées dans ses propres centres. Reste l’usage du temps ainsi libéré : réduire les effectifs ou investir dans de nouveaux métiers. Il plaide pour la seconde voie, une stratégie de « blue ocean » plutôt qu’un repli, l’IA « ne sera que ce que nous en ferons ». « L’IA prédit le mot suivant, ce sera à nous d’écrire la suite », résume-t-il dans le titre que lui consacre Dakaractu.

Le droit court derrière la machine

Ouvrant les travaux, Me Abdoulaye Tine, ministre-conseiller et porte-parole de la présidence, a dit venir « poser des questions » plutôt qu’apporter des certitudes. Il a défendu trois convictions : le capital humain n’est pas une variable d’ajustement, l’IA ne remplacera pas l’humain mais celui qui ne la maîtrise pas risque de subir les mutations, le dialogue entre public et privé est une nécessité. « Nous avons besoin de ponts, pas de murs », a-t-il plaidé.

Il a proposé l’institution d’une commission transdisciplinaire couvrant les enjeux opérationnels, la cybersécurité, la protection des données personnelles, l’éthique et la déontologie. Qui répond de la faute d’un agent IA ? Le droit repose sur le principe que chacun répond de son propre fait, avec peu d’exceptions, dont la responsabilité de l’employeur pour son subordonné. Il y a là, selon lui, un « vide juridique » à combler vite, la norme venant souvent après la technologie.

Des promesses mondiales, une productivité encore absente

Consultant en transformation digitale, intervenu depuis la côte est des États-Unis, Djibril Ndoye a rappelé que l’IA pourrait générer 15 700 milliards de PIB mondial d’ici 2030, la devise n’étant pas précisée, et cité le Forum économique mondial, qui anticipe 170 millions d’emplois créés pour 92 millions supprimés. Le décalage est ailleurs : à peine 30 % des entreprises constatent, selon lui, un effet sur leur productivité opérationnelle. Sa méthode tient en quatre temps : cartographier les usages, mesurer l’existant, lancer des pilotes sur environ six mois, former les équipes.

Il a aussi souligné un potentiel d’inclusion pour plus de 400 millions d’Africains qui ne parlent pas de langue européenne, évoquant la compréhension du wolof par ChatGPT. L’argument porte loin dans une sous-région où l’essentiel des échanges commerciaux quotidiens se fait en langues nationales, pendant que les logiciels de gestion restent en français ou en anglais.

En amont, Pape Matar Guèye, représentant au Sénégal de l’éditeur Skello, avait expliqué que l’objectif est de permettre aux directions des ressources humaines de déléguer les tâches automatisables pour se consacrer au capital humain. Certains métiers sont appelés à disparaître, a-t-il déclaré, d’où la nécessité de former et de redéfinir les postes. La journée était portée avec Skello, l’ambassade de France et Business France, l’agence publique française d’appui aux entreprises à l’international.

La commission suggérée par Me Abdoulaye Tine n’a, à ce stade, ni mandat ni calendrier. Les recrutements de jeunes, eux, baissent déjà.

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TERANGA Sénégambie et espace lusophone : Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau, Cabo Verde. Vie politique, pêche, ports, migrations, création culturelle. teranga@www.referenceinfos.com

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