Moins de dix millions de francs CFA. C’est la redevance que le quai de pêche de Kafountine, dans le département de Bignona, verse chaque année à la commune, selon son maire, David Diatta. Rapporté à la valeur commerciale qu’il attribue au site, près de 20 milliards de francs, le prélèvement local représente moins d’un millième de l’activité qui se traite sur le sable.
« Tout le monde pense que c’est la mairie qui gère le quai de pêche ou qui bénéficie des retombées. Il n’en est pas ainsi », a déclaré l’élu, cité par l’APS. Il a parlé d’« un géant économique aux pieds d’argile au plan local ». La formule dit l’essentiel du différend : la richesse se crée sur le territoire communal, elle ne s’y fiscalise pas.
Les chiffres avancés par la ministre des Pêches et de l’Économie maritime, Amy Mata Dièye, convergent avec ceux du maire. Elle a évoqué plus de 43 986 tonnes de produits débarqués en 2025, pour une valeur commerciale estimée à près de 20 milliards de francs CFA, et décrit Kafountine comme l’un des pôles les plus actifs de la pêche artisanale sénégalaise. Le site mobilise, selon elle, plus de 865 pirogues et près de 6 118 pêcheurs, soit un peu plus de trois millions de francs de valeur débarquée par pêcheur et par an, avant partage entre armateur, équipage, mareyeurs et transformatrices.
La ministre présidait le lancement des travaux d’un centre de fumage moderne et d’un poste de contrôle sur le quai. Ni le coût du chantier ni son calendrier n’ont été communiqués. L’enjeu est pourtant connu de toute la filière : le poisson fumé et séché de Casamance alimente les marchés de la sous-région, et c’est à cette étape de transformation, largement tenue par des femmes, que se joue la marge.
Amy Mata Dièye a énuméré les chantiers qu’elle juge prioritaires : « la préservation des ressources, la modernisation des infrastructures, la valorisation des produits et l’amélioration des conditions de travail des femmes et des jeunes ».
Reste une menace que ni les équipements ni la redevance ne règlent. David Diatta a mis en garde contre l’avancée de la mer, à laquelle les populations « doivent faire attention » pour préserver le quai. « Si rien n’est fait, d’ici 20 ans, le site va disparaître », a-t-il affirmé. Vingt ans, c’est court pour une infrastructure que l’on commence tout juste à moderniser.
Le chantier est lancé. Restent deux questions que la cérémonie n’a pas tranchées : qui fixera la redevance versée à la commune, et à quelle échéance le trait de côte sera-t-il protégé ?