Des grilles laissées ouvertes, du matériel remballé, des équipements non posés exposés au vol, une peinture qui s’écaille moins de trois mois après son application. Voilà ce qu’ont trouvé les hommes de robe venus inspecter, le vendredi 4 septembre, le bâtiment de trois niveaux censé abriter la Haute Cour de la région du Haut-Ouest (Upper West), dans le nord-ouest du Ghana.
« Vous vous souviendrez que ces travaux ont commencé il y a presque 20 ans, et il y a eu une raison ou une excuse après l’autre », déclare Siddique Ubeidu, président de la section régionale du Ghana Bar Association, l’ordre des avocats ghanéen. « Nous voici aujourd’hui, le 4 septembre, et l’endroit est un cimetière. À la façon dont ils ont remballé leur matériel, rien n’indique qu’ils reviendront bientôt », ajoute-t-il. Le titre de MyJoyOnline, lui, fait état d’un projet vieux de 26 ans. Le coût du complexe n’est pas chiffré.
Les échéances promises, elles, sont documentées. Le comité exécutif national de l’ordre s’est rendu sur place le 1er avril et a reçu l’assurance d’une livraison sous trois à quatre mois. La cheffe de la justice a ensuite dépêché une délégation conduite par le juge de la Cour suprême Yonny Kulendi, accompagné des directeurs du Judicial Service, qui a évoqué deux à trois mois. Aucune de ces échéances n’a été tenue.
Des salles d’audience héritées de la colonisation
En attendant, la justice se rend dans des locaux de fortune. « Nous nous sentons très déprimés et déçus, et nous craignons même pour nos vies. Vous pouvez voir des fissures béantes, menaçant la vie, à l’intérieur du cabinet du juge et de la salle d’audience. Le personnel n’a pas de bureaux et se dispute la salle d’audience avec les justiciables, où il prend même ses repas », décrit Siddique Ubeidu, qui rappelle qu’une ancienne cheffe de la justice, Sophia Akuffo, avait menacé de fermer la juridiction sans que rien ne suive.
Le procureur principal de la région, Saeed Abdul-Shakur, y voit une négligence institutionnelle. « Il n’a pas fallu 20 ans à la Chine pour construire le barrage des Trois-Gorges, ni 10 ans à Dubaï pour bâtir la Burj Khalifa. Pourquoi faut-il 20 ans à toute une nation pour installer un simple bâtiment de trois étages destiné à un complexe judiciaire ? », interroge-t-il. Onze districts dépendent de ces juridictions, et les avocats comme les justiciables viennent plaider à Wa depuis Accra, Kumasi et Tamale, soit des centaines de kilomètres et des frais de déplacement à la charge des parties.
Le secrétaire par intérim de la section régionale, Crispin Wura-Sey Ziekah, décrit un tribunal de district où « un magistrat doit attendre dans son véhicule que les débats soient prêts avant d’entrer ». Le complexe devait être inauguré lors de la conférence du barreau organisée à Wa l’an dernier. Puis accueillir la rentrée judiciaire d’octobre. « Attendons-nous que nos tribunaux s’effondrent avant d’achever cette structure ? », demande-t-il.
L’entreprise renvoie la facture à l’État
L’entreprise conteste avoir déserté le chantier. Au micro de JoyNews, Simon Sowah, directeur de Project Seven Limited, dit détenir des certificats de paiement impayés auprès du Judicial Service et du gouvernement central. Il indique que la société reviendra sur le site une fois sa créance réglée.
Ces certificats sont la pièce comptable qui déclenche le paiement d’un marché public : l’ingénieur atteste l’avancement, l’administration ordonne le décaissement. Quand la chaîne se bloque, le chantier s’arrête. Les arriérés de l’État ghanéen envers ses fournisseurs et entrepreneurs sont un point de tension récurrent des finances publiques du pays, engagé depuis 2023 dans un programme de redressement budgétaire avec le Fonds monétaire international.
Les avocats et le parquet ont saisi la cheffe de la justice, le procureur général et le ministre de la Justice pour faire revenir l’entreprise et les bureaux d’études. La rentrée judiciaire d’octobre approche. Elle se tiendra, une fois de plus, sous les fissures.