Cent soixante-quatre voix pour, une contre, six abstentions. Les États-Unis ont été le seul État membre à s’opposer au texte, intitulé « Corrigez la carte » et défendu à New York par la diplomatie togolaise, d’après Bamada. L’adoption a été annoncée par le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey.
La résolution encourage le recours aux projections dites « à surfaces équivalentes », comme Equal Earth, chaque fois que la comparaison des superficies compte. Elle vise les distorsions de la projection de Mercator, largement utilisée depuis le XVIe siècle, qui agrandit visuellement les territoires proches des pôles et réduit ceux situés près de l’équateur. L’Afrique, avec environ 30,4 millions de kilomètres carrés, est près de quatorze fois plus vaste que le Groenland ; sur une carte de Mercator, les deux peuvent sembler de dimensions comparables.
« Aujourd’hui, les Nations Unies ont pris un pas historique avec l’adoption de la résolution
Aujourd’hui, les Nations Unies ont pris un pas historique avec l’adoption de la résolution « Corrigez la carte ». Cette décision ne concerne pas seulement la cartographie. Il s’agit de justice, de dignité, d’égalité et de la manière dont nous représentons notre monde
Robert Dussey, ministre togolais des Affaires étrangères
S’exprimant au nom du président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, le chef de la diplomatie togolaise a remercié les États qui ont soutenu l’initiative, y voyant « une victoire pour l’Afrique, mais surtout, c’est une victoire pour tous ceux qui croient en un monde plus équitable, plus équilibré et plus précis ». Pour lui, la carte ne se réduit pas à un instrument technique : elle façonne aussi la manière dont on regarde le monde.
Le texte ne réclame aucune interdiction. Mercator reste recommandée pour ce à quoi elle sert le mieux, la navigation maritime et aérienne. La résolution demande en revanche une diversification des représentations dans l’éducation, les médias, les institutions internationales, les publications et les environnements numériques.
Que produit un texte que rien n’oblige à appliquer ? À la différence des décisions du Conseil de sécurité, les résolutions de l’Assemblée générale n’ont pas de valeur juridique obligatoire : elles pèsent par le nombre de voix qu’elles rassemblent et par les habitudes qu’elles finissent par déplacer. La mise en œuvre dépendra donc des ministères de l’éducation, des maisons d’édition scolaire et des entreprises technologiques, dont les fonds de carte en ligne dérivent précisément de Mercator.
Robert Dussey a affirmé que « corriger la carte signifie corriger la manière dont nous voyons le monde », estimant que l’histoire retiendra ce vote comme le moment où la communauté internationale a choisi de regarder le monde « avec plus de vérité et de justice ».
Lomé annonce vouloir commencer par ses propres supports pédagogiques, puis convaincre d’autres États, des organisations internationales et des acteurs technologiques d’adopter les cartes à superficies équivalentes. Aucun calendrier n’a été communiqué. La résolution est adoptée. Reste à la faire imprimer.