La vidéo tourne depuis mardi 25 août sur les réseaux sociaux. On y entend Samuel Shekwolo, président du conseil de zone de Kuje, expliquer que les habitants qui refuseraient de rejoindre l’All Progressives Congress, le parti au pouvoir, ou de voter pour lui lors des élections générales de 2027, n’ont plus leur place dans sa circonscription. Le propos est sans ambiguïté.
L’élu justifie sa position par les réalisations qu’il attribue au président Bola Tinubu et au ministre du Territoire de la capitale fédérale, Nyesom Wike, à Kuje. Selon lui, des habitants ne peuvent pas bénéficier de ces interventions puis voter contre le parti. « C’est soit vous faites l’APC, soit vous quittez le conseil de zone ; je ne le cache pas. Avec assurance, je le dis », déclare-t-il, avant d’ajouter : « Je ne peux pas avoir le président et le ministre qui font ce qu’ils font et, le jour de l’élection, vous voudrez m’affronter. C’est soit vous êtes avec nous, soit vous êtes dehors. »
Amnesty International a réagi sur X. L’organisation qualifie ces propos d’« appel à la violence » et d’« attaque directe contre la liberté d’association et la liberté des personnes ». Personne, écrit-elle, n’a le droit de conditionner le fait de vivre quelque part au Nigeria à l’adhésion ou au vote pour un seul parti. Elle réclame l’intervention immédiate de la police. Amnesty présente aussi l’élu comme « un danger pour la société » et demande qu’il réponde de menaces de violences contre des habitants qui pourraient ne pas voter APC, avertissant que de telles violences mettraient des vies en danger.
Yiaga Africa, dans un communiqué, juge ces déclarations « irresponsables, incendiaires et hautement condamnables ». L’organisation demande à la présidence et à l’APC de se démarquer publiquement et de rappeler à l’ordre leurs responsables comme leurs partisans. Elle rattache l’affaire à l’accord de paix signé par les partis et les candidats « il y a moins de deux semaines », dont les engagements, écrit-elle, doivent se lire dans la conduite et le discours des dirigeants, pas seulement dans les signatures. « Aucun Nigérian ne devrait être menacé d’expulsion de sa communauté à cause de son vote », conclut le texte.
Samuel Shekwolo a été élu à la tête du conseil de zone de Kuje sous les couleurs de l’APC lors du scrutin de février 2026 dans le Territoire de la capitale fédérale. Kuje compte parmi les six aires de conseil d’Abuja. C’est le seul échelon élu du territoire, dont le ministre, Nyesom Wike, est nommé par le chef de l’État. Premium Times, qui a aussi diffusé la vidéo, rapporte qu’Amnesty y voit un risque de troubles et de violences.
Ni la présidence ni la direction de l’APC ne se sont exprimées. Aucune suite policière ou judiciaire n’a été annoncée à ce stade, alors que les deux organisations demandent des comptes à un élu qui a répété sa position devant la caméra. À Kuje, 2027 a commencé.