Les classes ont rouvert en octobre au Burkina Faso. Du primaire au lycée, les élèves ont retrouvé les salles, et à l’université le chevauchement des promotions a pris fin, cette situation qui faisait se superposer deux années académiques sur un même calendrier. Les parents, eux, s’en réjouissent.
Le climat n’est pourtant pas à l’unanimité. Des discours hostiles à l’école circulent, en particulier sur les réseaux sociaux : ils la présentent comme inutile, incapable d’armer la jeunesse pour le monde actuel, et s’appuient sur les trajectoires d’entrepreneurs qui ont réussi sans achever leurs études. L’éditorial cite Bill Gates, parti de l’université Harvard pour lancer une activité devenue une multinationale, et rétorque que celui-ci « n’a jamais cessé d’apprendre, de s’instruire ».
Derrière la polémique, il y a une ligne budgétaire. L’aide internationale à l’éducation devrait baisser de 25 % entre 2023 et 2027, selon l’Unesco citée par Lefaso.net, qui relève que très peu de pays consacrent 4 à 6 % de leur produit intérieur brut aux dépenses d’éducation. Le Burkina Faso se situe dans cette fourchette. Mais « son passif est lourd » et la crise sécuritaire a « annihilé certains efforts », écrit l’auteur du texte.
L’organisation onusienne recommande d’aller plus loin, avec « au moins 15 à 20 % des dépenses publiques » affectées à l’éducation pour en garantir la qualité, un seuil qui suppose de former et de rémunérer des enseignants, le poste le plus lourd de tout système scolaire. Le coût inverse est rarement calculé. Abandons scolaires, illettrisme, main-d’œuvre sans qualification : la facture se règle sur une génération entière, et l’éditorial la juge très élevée.
Le pays a connu un précédent d’engouement populaire. Sous Thomas Sankara, président de 1983 à 1987, l’État avait demandé aux communautés de bâtir elles-mêmes leurs écoles en promettant d’y affecter des enseignants ; dans les villages dépourvus d’établissement, les habitants ont construit, parfois en paillotes, et c’est l’administration qui a peiné à tenir sa part, au point que des appelés du Service national populaire ont assuré les cours. Des paysans qui ne savaient ni lire ni écrire ont ainsi élevé les murs de l’école de leurs enfants.
Aujourd’hui, ce sont les armes qui ferment les classes. Le Burkina Faso affronte depuis 2015 une insurrection djihadiste qui touche plusieurs régions, et l’éditorial rappelle que des groupes terroristes ferment des écoles et tuent des enseignants. Dans le monde, 273 millions d’enfants et de jeunes demeurent hors du système scolaire, selon le chiffre avancé dans le texte.
La rentrée d’octobre ne tranche pas la question du financement. Aucun montant n’a été communiqué pour l’exercice en cours. La réponse se lira dans le budget, pas dans les discours.