4 435 milliards de francs CFA, soit environ 6,8 milliards d’euros au taux fixe qui lie la monnaie de l’Union à l’euro : c’est le montant des transactions par monnaie électronique enregistrées au Togo sur l’année 2025, selon la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). La hausse atteint 7,9 % sur un an, pour 409,7 millions d’opérations, soit 2,5 % du total recensé dans l’espace UEMOA.
Le chiffre le plus parlant n’est pourtant pas celui-là. Sur 10,45 millions de portefeuilles électroniques ouverts dans le pays, 5,69 millions sont réellement utilisés, soit un taux d’activité de 54,48 %. La moyenne de l’Union s’établit à 32,56 %. Le Togo occupe ainsi la deuxième place des huit États membres, derrière la Guinée-Bissau (60,67 %) et devant le Burkina Faso (50,36 %). Autrement dit, plus d’un compte sur deux sert, là où ailleurs deux comptes sur trois dorment.
Pourquoi un tel écart ? Parce que le compte mobile s’ouvre là où l’agence bancaire n’arrive pas. Ni justificatif de revenus, ni frais de tenue de compte, ni déplacement jusqu’au chef-lieu : un téléphone et une pièce d’identité suffisent. Envoyer de l’argent à la famille restée au village, régler une facture d’électricité, payer un commerçant, recevoir un salaire : l’opération se boucle en quelques secondes, pour des travailleurs du secteur informel et des ménages ruraux longtemps tenus à l’écart du crédit comme de l’épargne formelle.
La structure des flux confirme cet usage de proximité. Les rechargements pèsent 1 332,6 milliards de FCFA et les retraits 1 292,3 milliards, près de 60 % de la valeur totale à eux deux. Rapporté au nombre d’opérations, le ticket moyen tourne autour de 10 800 FCFA, une quinzaine d’euros. Ce n’est pas de la finance d’entreprise. C’est de la trésorerie du quotidien.
Reste à savoir qui encaisse. Le marché togolais est partagé entre Mixx by Yas, service de Yas Télécoms, ex-Togocom, et Flooz, porté par Moov Africa. Chaque transfert, chaque retrait produit une commission, et ces commissions sont devenues une ressource centrale pour les deux opérateurs, au moment où les recettes tirées des appels et des SMS s’effritent sous l’effet des messageries en ligne. Le trafic voix recule, le trafic d’argent prend le relais.
Cette rente a un prix pour l’usager. Les frais de retrait sont régulièrement jugés élevés par les clients, rapporte Togonews, qui souligne aussi la concurrence désormais frontale entre ces services et les banques classiques. Aucune mesure de plafonnement n’a été annoncée à ce stade.
Le téléphone a remplacé le guichet. Il faudra bientôt dire à quel tarif.