Il était environ 14 heures (13 h 00 GMT) le vendredi 21 août quand des assaillants ont fait irruption dans la mosquée de Kpenya, dans le district de Dekara, au sein de la zone de gouvernement local de Borgu. Ils avaient d’abord frappé les villages de Gidan-Zana et de Kpenya, a déclaré le samedi 22 août le porte-parole de la police, Wasiu Abiodun.
À l’agence Reuters, Wasiu Abiodun a indiqué que la police avait connaissance des enlèvements mais n’avait reçu aucun signalement de mort, et qu’un détachement mixte des forces de sécurité avait été envoyé sur place pour évaluer la situation et mener des opérations de sauvetage. Le porte-parole a ajouté que le nombre de personnes emmenées ne pouvait pas encore être établi.
Combien de personnes manquent ? Des habitants ont parlé à Reuters de plus de soixante fidèles enlevés, un chiffre que l’agence n’a pas pu vérifier de façon indépendante. D’autres habitants ont affirmé à l’AFP que des personnes avaient également été tuées, sans que cette affirmation puisse être confirmée dans l’immédiat, selon Al Jazeera.
Jibril Ahmad, rescapé de l’attaque de Dekara, met en cause le groupe armé Lakurawa. « Aussitôt après la prière du vendredi, le groupe armé des Lakurawa, par centaines, brandissant des fusils, des couteaux et des machettes, a commencé à nous attaquer », a-t-il raconté à l’AFP. Un troisième groupe, Mahmuda, serait intervenu pendant l’assaut et se serait heurté aux ravisseurs, permettant à une partie des captifs de s’échapper, affirme le même rescapé.
Le député fédéral Jafaru Mohammed a indiqué à l’AFP que plusieurs villages des alentours avaient aussi été touchés. « Certains membres du groupe Mahmuda étaient opposés à la doctrine des Lakurawa, et quand ils ont appris ce que faisaient les Lakurawa, ils les ont combattus », explique l’élu.
Les violences ont continué le samedi 22 août. Abdullahi Ahmad, habitant de la zone, affirme que le groupe est revenu enlever d’autres personnes pour disposer d’une monnaie d’échange avant un déploiement de troupes attendu, et qu’il a posé des mines sur la route qui sort de Dekara. « Un homme et sa famille qui fuyaient la ville [le vendredi 21 août] ont été tués quand leur voiture a heurté une mine posée par les terroristes. Tout le monde vit dans la peur », dit-il.
Une précision s’impose pour le lecteur sahélien : l’État du Niger est une entité fédérée du Nigeria, distincte de la République du Niger, avec laquelle il partage seulement un nom. La zone visée borde la frontière occidentale du Nigeria avec le Bénin, où des groupes armés locaux et des combattants venus de la région voisine gagnent du terrain, alors que la rébellion armée qui frappe le pays depuis dix-sept ans reste concentrée dans le nord-est.
Les enlèvements de masse sont devenus une méthode habituelle des groupes armés nigérians et une activité lucrative, chiffrée en millions de dollars, portée par des réseaux idéologiques comme criminels dans le nord-ouest et le centre du pays. Aucun bilan officiel n’a été publié pour Dekara.
Reste la route. Elle est minée, et les militaires n’y sont pas encore.