Le texte s’appuie sur les articles 24 et 25 du statut général des militaires, les dispositions qui encadrent les sanctions disciplinaires en cas d’abandon de poste. C’est le général Amara Camara, ministre secrétaire général de la présidence de la République, qui a lu la décision au journal télévisé de la Radiodiffusion télévision guinéenne (RTG). Une lecture à l’antenne, sans conférence de presse.
La liste ratisse large. Elle touche le Bataillon autonome des troupes aéroportées (BATA), des bataillons d’infanterie et des compagnies territoriales, autrement dit des unités déployées loin de Conakry, dans l’intérieur du pays. Y figurent notamment le capitaine Bakary Keïta, du bataillon d’infanterie de Siguiri, le capitaine Abdoul Karim Sissoko, de la compagnie d’infanterie de Ouendé Kènèma, le lieutenant Alseny Sylla, de la compagnie d’infanterie de Lola, et le sous-lieutenant Abdoulaye Aminata Camara, du BATA.
Un nom retient davantage l’attention que les autres : celui du commandant Michel Lamah, ancien membre du Groupement des forces spéciales (GFS). Selon Lefaso.net, cet officier avait été présenté, au lendemain du coup d’État du 5 septembre 2021, comme l’un des militaires ayant participé à l’arrestation puis au transfert du président Alpha Condé.
Le GFS n’est pas une unité comme les autres dans l’histoire récente du pays. C’est l’unité d’élite que commandait Mamadi Doumbouya lui-même avant de renverser Alpha Condé et d’installer le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) au pouvoir. Près de cinq ans plus tard, un homme associé à cette journée sort des effectifs par simple décret disciplinaire.
Que change concrètement une radiation ? Elle retire le militaire des effectifs des Forces armées : plus de grade, plus de statut, plus de solde. Pour des sous-officiers et des officiers subalternes affectés en garnison de province, souvent seuls salariés de familles nombreuses, la mesure est d’abord une perte de revenu, pas seulement une sanction symbolique. Le décret ne dit rien d’éventuelles poursuites judiciaires.
Les autorités guinéennes répètent depuis 2021 leur exigence de discipline, de respect de la hiérarchie et d’observation des obligations statutaires dans l’armée. Le chiffre de 173 hommes dit aussi autre chose : l’ampleur des absences dans les rangs, un problème que partagent plusieurs armées de la région, du Sahel au littoral, où la solde, les conditions de déploiement et l’éloignement des familles pèsent sur les effectifs réels.
Reste l’inconnue la plus simple. Pourquoi ces 173 militaires ont-ils quitté leur poste ? Aucune explication publique n’a accompagné la lecture du décret à la RTG. Le 5 septembre 2026 marquera les cinq ans de la prise du pouvoir par le CNRD.