Plus d’un million de producteurs recensés, plus de 900 000 cartes distribuées. L’écart n’est pas comblé le jour même où le dispositif devient obligatoire, et c’est là que se noue la difficulté pour les planteurs qui attendent encore leur support.
« Certains producteurs n’ont pas encore reçu leur carte », dit Ehora Yao, responsable d’une organisation de producteurs. « Est-ce à dire que ceux-là ne pourront pas vendre leur cacao ? » La distribution a commencé il y a quatre ans, mais ce responsable juge les planteurs insuffisamment préparés. « Il faut d’abord procéder progressivement et permettre à tout le monde de maîtriser le système, sinon, cela risque de créer beaucoup de problèmes », prévient-il.
À quoi sert exactement cette carte ? À identifier les producteurs, à suivre les flux de fèves et à sécuriser les paiements. Elle est dotée d’une puce bancaire, ce qui doit réduire la circulation d’argent liquide au moment de la vente aux coopératives.
« Lorsque nous sommes payés par les coopératives, nous devons parfois rentrer avec de fortes sommes en espèces. Certains producteurs sont parfois victimes d’agressions et se font arracher leur argent », raconte Yépié, planteur installé à Tiassalé. Le risque n’est pas théorique dans les zones de production, où les jours de paie sont connus de tous.
Le Conseil du café-cacao, régulateur de la filière, inscrit la carte dans le système national de traçabilité du cacao ivoirien, avec un objectif affiché : suivre le produit de la plantation jusqu’à l’exportation. Derrière cette mécanique, une contrainte extérieure. Le règlement de l’Union européenne sur les produits associés à la déforestation entre en vigueur le 1er janvier prochain, et l’Europe reste le premier débouché des fèves ivoiriennes. Sans preuve de l’origine des lots, l’accès à ce marché se ferme.
La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao, et la filière fait vivre plusieurs millions de personnes, planteurs, pisteurs, transporteurs, coopératives. Toute décision du régulateur se lit donc d’abord dans la cour d’une plantation : qui peut vendre, à qui, à quel prix, et avec quel papier en poche.
L’ouverture de la campagne s’accompagne traditionnellement de l’annonce du nouveau prix bord champ du kilogramme, celui que touche effectivement le producteur. Son montant ne figure pas dans le compte rendu de RFI.
Restent les planteurs sans carte, à l’heure où les premières fèves partent vers les magasins. L’échéance européenne, elle, est datée : 1er janvier. Les cartes manquantes, non.