Quatre milliards et demi de dollars par an. C’est le flux financier qu’avance Moussa Magassouba, qui s’exprimait au nom de la direction et du personnel de la Nimba Gold Refinery, pour une usine tournant à la moitié seulement de sa capacité. L’installation se trouve à Gbessia-Cité de l’Air, en pleine capitale guinéenne. Ses premiers lingots ont quitté le pays il y a quelques semaines, rapporte Africa Guinée.
La cérémonie s’est tenue devant des responsables de l’État, le corps diplomatique et des opérateurs de la filière aurifère. Le ministre des Mines et de la Géologie, Bouna Sylla, y a vu la fin d’une longue période d’exportation de métal brut. « Aujourd’hui, cette époque est révolue. Dorénavant, avec cette Raffinerie, des emplois, des compétences, des revenus et des opportunités de développement bénéficieront à notre économie nationale », a déclaré le ministre.
La capacité annoncée atteint 733 tonnes d’or par an, écrit Media Guinée. Le chiffre interroge. Il dépasse très largement ce que produit la Guinée, et même ce que produisent ses voisins immédiats : une usine de cette taille ne peut vivre du seul minerai national. D’où viendra le métal ? Les autorités guinéennes assument l’ambition régionale et présentent Conakry comme un futur centre de transformation des ressources minières ouest-africaines.
Un flux financier n’est pas un bénéfice. Les 4,5 milliards de dollars cités mesurent la valeur du métal qui transiterait par l’usine, pas ce que l’économie guinéenne encaisserait. Le raffinage est un métier de volume : la marge se compte en fractions de pourcentage sur chaque once traitée, et la valeur reste au producteur du minerai. Jusqu’ici, cette étape se jouait presque entièrement hors du continent, en Suisse, aux Émirats arabes unis ou en Afrique du Sud.
L’État a prévu un second levier, moins visible mais plus direct : acheter en francs guinéens jusqu’à 30 % de la production des sociétés aurifères semi-industrielles et industrielles, en application du Code minier. L’objectif affiché est de gonfler les réserves de change de la Banque centrale de la République de Guinée et de soutenir la stabilité monétaire. Pour un pays importateur de riz, de carburant et de matériel, chaque tonne d’or payée en monnaie locale allège la facture en devises.
Reste l’orpaillage. Environ 70 % de la production nationale d’or vient aujourd’hui de l’exploitation artisanale, celle des puits creusés à la main en Haute-Guinée, dont le métal franchit souvent les frontières sans passer par un guichet officiel. Conakry veut basculer cette production vers le semi-industriel et l’industriel, avec une traçabilité complète des lingots. C’est la condition pour que les barres portant l’estampille guinéenne soient acceptées sur les grandes places d’échange.
L’opération s’inscrit dans le programme Simandou 2040, cadre dans lequel le gouvernement range sa stratégie d’industrialisation. Trois raffineries d’alumine sont par ailleurs en chantier dans le pays, pour transformer sur place une bauxite jusqu’ici expédiée telle quelle vers la Chine et l’Europe.
Aucun calendrier de montée en charge n’a été communiqué. Les premiers lingots sont déjà partis. Reste à savoir qui, dans la région, acceptera de les faire fondre à Conakry plutôt qu’à Dubaï.