« Combien coûte un sac de garri ? Combien coûte le loyer ? Combien coûte le transport ? » Ces trois questions, posées par Joe Ajaero devant les journalistes spécialisés dans les questions sociales réunis à Lagos pour la conférence annuelle de la Labour Writers Association of Nigeria, résument la méthode que le Nigeria Labour Congress (NLC) entend imposer à la prochaine négociation salariale. Pas de chiffre d’abord, des prix d’abord.
La centrale a listé les paramètres qui devront, selon elle, encadrer les discussions : l’inflation, le coût de la vie, la valeur du naira, le transport, le logement et le pouvoir d’achat des salariés. Elle réclame l’ouverture des pourparlers bien avant avril 2027, échéance retenue pour l’entrée en vigueur du futur barème. Le propos a été tenu pendant le week-end, selon l’édition du dimanche 1er novembre 2026 de Vanguard.
Le dirigeant syndical défend une indexation automatique. « Si le gouvernement accepte que les salaires soient indexés sur l’inflation, alors une hausse de l’inflation doit entraîner un ajustement approprié des salaires », déclare Joe Ajaero. À défaut, dit-il, il faudra examiner le prix des produits et services essentiels. Son argument tient en une mécanique simple : une revalorisation annoncée sans référence au coût réel de la vie se dissout en quelques mois, et les travailleurs repartent aussitôt réclamer une autre augmentation.
Nous ne pouvons pas simplement annoncer que nous voulons 100 000 nairas ou 50 000 nairas sans établir le rapport entre ces montants et le coût réel de la vie
Joe Ajaero, président du Nigeria Labour Congress
Le président du NLC s’arrête aussi sur l’allocation transport de 70 000 nairas versée aux agents publics pour six mois. Pour un salarié qui touche 70 000 nairas, cette somme supplémentaire compte, reconnaît-il dans son intervention, avant de poser la question suivante : que se passe-t-il au terme des six mois ? Il refuse que le dispositif soit retiré sans solution de remplacement. « Nous avons quitté l’Égypte ; nous ne pouvons pas retourner en Égypte », lance-t-il.
La centrale pose en préalable que la prochaine négociation parte de la grille existante et des acquis déjà obtenus, et non d’un retour au seuil antérieur de 70 000 nairas. Dans la première économie et le pays le plus peuplé du continent, le salaire minimum fédéral sert de référence aux trente-six États de la fédération, qui l’appliquent avec des moyens budgétaires très inégaux. C’est l’une des raisons pour lesquelles chaque révision se négocie pied à pied.
Joe Ajaero a consacré la seconde partie de son intervention à la condition des journalistes nigérians : salaires insuffisants, précarité de l’emploi, dispositifs de retraite faibles, absence de protection sociale efficace. Il interroge l’absence de conventions collectives dans le secteur des médias et demande au Nigeria Union of Journalists (NUJ), déjà enregistré comme syndicat, de négocier réellement avec les employeurs. La plupart des journalistes dépendent d’un employeur pour vivre, observe-t-il, à la différence de professions qui peuvent s’installer à leur compte.
Le syndicaliste plaide aussi pour la relance du projet de village des journalistes et pour des accords avec des organismes de crédit immobilier, afin que les salariés des médias puissent accéder à la propriété par des remboursements échelonnés. Des salaires bas, rappelle-t-il, produisent des cotisations de retraite basses.
Aucun calendrier de négociation n’a été rendu public. L’échéance d’avril 2027, elle, est connue de tous.