Deux documents étaient sur la table de l’atelier de restitution : le rapport d’étude d’impact environnemental et social, et le plan d’action de réinstallation, ce dossier qui organise l’indemnisation et le relogement des familles dont les terres seront noyées ou traversées par le chantier. « Nous sortons de l’atelier des différentes études du projet d’aménagement hydroélectrique de Gourbassi, sur la Falémé, notamment la réalisation des études d’impact environnemental et social et du plan d’action de réinstallation (PAR) », a déclaré El hadj Mouhamadoul Moustapha Gaye, adjoint au gouverneur de Kédougou chargé du développement. Autour de lui siégeaient les services déconcentrés de l’État, les représentants de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) côté sénégalais et malien, et le secrétaire général de la Société de gestion de l’énergie de Manantali (SOGEM).
Le site retenu se trouve sur la Falémé, cours d’eau partagé entre le Mali et le Sénégal et affluent majeur du fleuve Sénégal, à quelque 250 kilomètres en amont du point où les deux rivières se rejoignent. Côté malien, la localité de Béroula. Côté sénégalais, celle de Saéinssoutou, dans la commune de Missirah Sirimana. La zone concernée couvre le cercle de Kéniéba et le département de Saraya, deux territoires frontaliers où l’or est exploité depuis longtemps.
Le complexe prévu associe un réservoir d’environ 2,9 milliards de mètres cubes, une centrale hydroélectrique de 18 mégawatts, une voie d’accès d’une centaine de kilomètres et une liaison électrique de 90 kilovolts entre le poste de Gourbassi et celui de Gouina. Dix-huit mégawatts, c’est peu. L’ouvrage n’a pas la dimension de Manantali, dont la SOGEM assure l’exploitation, mais il doit servir à autre chose qu’à produire du courant.
Deux bailleurs pour 189 milliards
Le coût du projet d’aménagement hydroélectrique de Gourbassi est évalué à environ 189 milliards de francs CFA, soit près de 288 millions d’euros. Le financement vient de la Banque arabe de développement économique en Afrique (BADEA) et du Fonds saoudien pour le développement, selon l’APS. Deux bailleurs du Golfe et du monde arabe, pour une infrastructure que deux États se partageront. Aucun calendrier de travaux n’a été communiqué.
Au-delà du kilowattheure, l’aménagement est présenté comme un outil de régulation de la Falémé. « Il doit permettre d’améliorer la disponibilité de l’eau pendant les périodes de faible écoulement, de réduire les effets des crues importantes et de créer les conditions favorables au développement des activités agricoles, pastorales, halieutiques, minières et industrielles », a expliqué El hadj Mouhamadoul Moustapha Gaye.
Le poisson, la décrue et l’orpaillage
Le projet présente « un caractère multisectoriel », relève pour sa part Moussa Cissé, secrétaire général de la SOGEM, qui en attend des effets dépassant le seul domaine hydraulique et énergétique. « Sur le plan agricole, la régularisation des écoulements devrait améliorer la disponibilité de l’eau et permettre l’intensification des cultures irriguées et de décrue. Dans le domaine de la pèche, la création d’un plan d’eau important devrait offrir de nouvelles opportunités aux communautés riveraines. Le potentiel de production supplémentaire est estimé à environ 923,4 tonnes de poissons par an », a-t-il dit.
Neuf cent vingt-trois tonnes de poisson par an, dans un département enclavé où les protéines animales se transportent mal, cela pèse davantage sur le revenu des ménages riverains que les 18 mégawatts injectés dans le réseau. Le chantier puis l’exploitation devraient créer des emplois et améliorer les conditions de vie des populations locales, ajoute Moussa Cissé. Il souligne aussi qu’une infrastructure de cette taille pourrait renforcer la surveillance et la préservation des ressources naturelles, dans une zone marquée par l’exploitation artisanale et illégale.
Côté sénégalais, le dossier administratif est bouclé. Restent les familles de Missirah Sirimana, qui attendent de savoir ce que le plan de réinstallation leur réserve.