Cent cinquante et un morts en 2025, contre 314 l’année précédente. L’incidence nationale, elle, est passée de 23 cas pour 1 000 habitants en 2024 à 13 pour 1 000 en 2025. Aucune femme enceinte n’est morte du paludisme en 2025, selon les données présentées par les autorités sanitaires.
La moyenne nationale, pourtant, dit peu de choses du pays réel. Sur 79 districts sanitaires, 73 sont désormais classés en pré-élimination, et dans plusieurs zones du Nord, entre Saint-Louis et Matam, l’incidence tombe sous un cas pour 1 000 habitants. Le Sud-Est, lui, concentre l’essentiel de la transmission : certaines localités du district de Saraya peuvent enregistrer entre 500 et 700 cas pour 1 000 habitants pendant l’hivernage, écrit L’Observateur, dont l’enquête est reprise par Dakaractu. Les zones les plus touchées regroupent 76 % des cas et plus de la moitié des décès.
Quatre facteurs sont cités pour expliquer cette persistance : les difficultés d’accès aux soins, l’activité d’orpaillage, la pluviométrie et la proximité des frontières malienne et guinéenne, qui entretiennent une circulation continue des populations et du parasite.
Le professeur Aliou Thiongane, coordonnateur du Programme national de lutte contre le paludisme, plaide pour une adaptation des interventions à cette géographie. Il préconise de renforcer la détection, l’investigation et la réponse autour des foyers de transmission qui résistent, en s’appuyant sur une surveillance à la fois épidémiologique, génomique et entomologique, et sur le suivi des résistances aux traitements. Objectif affiché : concentrer les moyens là où la maladie circule encore.
Encore faut-il avoir ces moyens. Le plan stratégique national d’élimination pour la période 2026-2030 vise une incidence inférieure à un cas pour 1 000 habitants sur tout le territoire d’ici à 2030 et zéro décès imputable au paludisme. Son enveloppe est estimée à 150 milliards de FCFA sur cinq ans, soit 30 milliards par an, environ 46 millions d’euros au taux fixe de l’arrimage à la monnaie européenne. Quatre milliards sont mobilisés. Il manque donc 146 milliards.
Qui paiera ? Aujourd’hui, ce sont les bailleurs étrangers : les partenaires extérieurs assurent environ 90 % du financement du programme, selon son coordonnateur, qui appelle à diversifier les ressources et à augmenter la part de l’État et du secteur privé. La dépendance n’est pas un détail comptable. Elle décide de la distribution des moustiquaires, des tests rapides et des traitements dans les districts du Sud-Est, ceux-là mêmes où l’incidence reste cent fois supérieure à celle du Nord.
Le plan a déjà commencé. Son budget, lui, reste à trouver.