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L’Afrique a reçu 81 millions de touristes en 2025, mais la hausse se joue au nord du Sahara

Le continent affiche la plus forte progression mondiale des arrivées internationales, selon le Baromètre d'ONU Tourisme relayé par Afrique-sur7. Derrière ce record, un écart vertigineux sépare le Maroc, la Côte d'Ivoire, le Sénégal et le Burkina Faso.

Secretary of Defense Chuck Hagel, left, greets Burkina Faso President Blaise Compaore upon his arrival at the Pentagon in Arlington, Va 130923-D-BW835-090, Burkina Faso. Image d'archive.
Secretary of Defense Chuck Hagel, left, greets Burkina Faso President Blaise Compaore upon his arrival at the Pentagon in Arlington, Va 130923-D-BW835-090, Burkina Faso. Image d'archive. Photo : DoD photo by Erin A. Kirk-Cuomo. (Released) / Wikimedia Commons, Public domain

Dix-neuf millions huit cent mille visiteurs au Maroc, 138 803 au Burkina Faso. Le même continent, la même année. Le Baromètre du tourisme mondial publié le 21 janvier 2026 par ONU Tourisme crédite l’Afrique de 81 millions d’arrivées internationales en 2025, soit 8 % de plus qu’en 2024 et la meilleure progression enregistrée sur la planète cette année-là. Le tourisme mondial, lui, a atteint 1,52 milliard d’arrivées, en hausse de 4 %.

Ce record ne se répartit pas. Il se concentre. L’Afrique du Nord a tiré la progression continentale avec 11 % d’arrivées supplémentaires : l’Égypte gagne 20 %, le Maroc 14 %, les Seychelles 13 %. Du côté des recettes, le Maroc progresse de 19 %, l’Égypte de 17 %, Maurice de 10 %. À l’échelle du globe, les recettes touristiques se sont établies à 1 900 milliards de dollars, en hausse de 5 %.

Les 81 millions d’arrivées africaines pèsent un peu plus de 5 % du total mondial. Rapporté au poids démographique du continent, l’écart avec les grandes zones réceptrices reste considérable. ONU Tourisme place la croissance africaine devant l’Asie-Pacifique (6 %), l’Europe (4 %), le Moyen-Orient (3 %) et les Amériques (1 %).

Le Maroc, un quart des arrivées du continent

Le royaume a accueilli environ 19,8 millions de visiteurs en 2025 et encaissé 138 milliards de dirhams de recettes en devises, en progression de 21 % sur un an. Le ministère du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire a confirmé ces montants fin janvier 2026, à partir des données de l’Office des changes. Le chiffre dépasse de 18 milliards de dirhams l’objectif de 120 milliards que la feuille de route 2023-2026 avait fixé pour l’horizon 2026. À lui seul, le Maroc capte ainsi près d’un quart des arrivées internationales du continent.

Le marché intérieur y contribue largement : les Marocains ont dépensé environ 48 milliards de dirhams en voyages sur leur propre territoire en 2025. Aucun des trois pays ouest-africains examinés par Afrique-sur7 ne publie de données comparables sur la dépense domestique, ce qui rend toute comparaison de modèle économique délicate. « Non uniquement en volume », le secteur génère « de plus en plus de valeur », a déclaré Fatim-Zahra Ammor, ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, formule qui renvoie à la recette moyenne par visiteur, en hausse plus rapide que le nombre d’arrivées.

Le ministère marocain a annoncé le 16 mars 2026 un total de 894 000 emplois directs dans le tourisme pour 2025, dont 92 000 créés depuis 2022, alors que la feuille de route en visait 80 000 d’ici fin 2026. Objectif atteint un an plus tôt, selon le décompte du ministère. Le Haut-Commissariat au Plan n’a pas audité ce chiffre, et la méthodologie de comptage n’a pas été détaillée publiquement.

L’horizon s’appelle 2030. Le royaume dispose d’environ 300 000 lits hôteliers et prévoit d’en ajouter 60 000 d’ici la Coupe du monde, pour dépasser 360 000 ; 45 000 lits ont déjà été mis en service ces quatre dernières années. Plus de 190 milliards de dirhams vont aux infrastructures : lignes ferroviaires, routes, modernisation aéroportuaire, stades, aménagements urbains. La cible affichée est de 26 millions de touristes en 2030. « Nous envisageons la Coupe du monde 2030 comme un accélérateur, et non comme une fin en soi », a précisé Fatim-Zahra Ammor en juillet 2026. Bank Al-Maghrib, la banque centrale, table sur 161 milliards de dirhams de recettes touristiques dès 2027.

Le volume ne dit pourtant pas tout. Dans l’édition 2024 de l’indice de développement du voyage et du tourisme du Forum économique mondial, le Maroc ne figure qu’au 82e rang mondial. Le rapport situe la région Moyen-Orient et Afrique du Nord sous la moyenne sur trois compartiments : qualité de l’écosystème, conditions de travail, valorisation des ressources naturelles.

À Abidjan, une bataille de méthodologie

En Côte d’Ivoire, le débat porte moins sur les flux que sur le calcul. Le ministère du Tourisme et des Loisirs revendique 6,7 millions de visiteurs, plus de 1 100 milliards de francs CFA de recettes, 8,7 % du produit intérieur brut et 675 000 emplois directs et indirects. Ces données ont été présentées le 21 juillet 2026 à Abidjan par Christian Bohouman, directeur de la Communication du ministère, lors d’une tribune du Centre d’information et de communication gouvernementale.

Deux jours plus tard, le 23 juillet 2026, Fabrice Lago, secrétaire général adjoint chargé de l’Emploi des jeunes et de l’Entrepreneuriat au PPA-CI, a adressé une lettre ouverte au ministre. Trois objections : un écart de 115 000 unités entre les 675 000 emplois annoncés en juin 2026 et les 560 000 d’une communication antérieure du même ministère ; la confusion entre emplois « générés » et emplois « créés » ; enfin le poids dans le PIB, les 1 100 milliards de francs CFA représentant environ 2 % et non 8,7 % selon ses estimations. Le parti réclame la publication de la méthodologie, la ventilation entre emplois formels et informels et le nombre de postes déclarés à la Caisse nationale de prévoyance sociale. Aucune réponse publique du ministère n’a été recensée.

Un point mérite attention : la part revendiquée du tourisme dans le PIB ivoirien est passée de 6,5 % en novembre 2025 à 8,7 % en juillet 2026, sans changement de périmètre annoncé. Le ministère indique que le chiffre mesure une « empreinte économique » incluant les effets indirects sur le transport, la restauration et l’hôtellerie, et non la seule valeur ajoutée directe. Les deux notions ne se lisent pas de la même façon.

Lancé en 2018, le programme Sublime Côte d’Ivoire prévoyait 3 200 milliards de francs CFA d’investissements et visait le top 5 des destinations africaines. Siandou Fofana, reconduit ministre du Tourisme et des Loisirs dans le gouvernement Robert Beugré Mambé formé le 23 janvier 2026, en a rappelé l’objectif le 12 juin 2026 au Sofitel Hôtel Ivoire : « Notre ambition est claire : faire de la Côte d’Ivoire une destination de référence culturelle, économique et écologique en Afrique d’ici 2030. » Les engagements annoncés ce jour-là portent sur la formation et l’insertion de 15 000 jeunes d’ici 2028, la certification de 200 entreprises aux standards internationaux et une plateforme numérique nationale de réservation.

Reste la base de comparaison la plus citée, et elle vieillit. Le Conseil mondial du voyage et du tourisme évaluait la contribution du secteur au PIB africain à 186 milliards de dollars en 2019, soit environ 7 % de la richesse continentale, pour 25 millions d’emplois. Dans son rapport « Unlocking opportunities for Travel & Tourism growth in Africa » du 2 novembre 2023, l’organisation projetait 168 milliards de dollars et 18 millions d’emplois supplémentaires sur une décennie, avec une croissance annuelle de 5,1 %, près du double du rythme de l’économie africaine. Ces projections n’ont pas été actualisées publiquement avec les résultats de 2025.

Pour le Sénégal, aucun chiffre de fréquentation ne fait consensus. Au Burkina Faso, les 138 803 visiteurs étrangers représentent moins d’un centième du total marocain. Le prochain baromètre d’ONU Tourisme dira si l’écart se creuse encore.

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Les faits rapportés ici ont été publiés par les rédactions suivantes. Notre article les réécrit, il n'en recopie aucune phrase.

SAHEL Burkina Faso, Tchad, Mauritanie. Sécurité, gouvernance, pastoralisme, climat, transitions politiques. sahel@www.referenceinfos.com

Article rédigé à partir des sources citées, avec l'aide d'outils de rédaction assistée, puis relu par la rédaction. Notre méthode

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