Cent millions de francs guinéens de dommages et intérêts : c’est la somme que l’avocat de l’adjudant-chef Daouda Sankhon, Me Baba Nabé, a demandée au tribunal contre les trois prévenus. Le ministère public, lui, a visé beaucoup plus bas. Le procureur Issouf Fofana a requis un million de francs guinéens d’amende contre chacun des trois hommes, assorti d’un franc symbolique.
Les trois prévenus sont Momo Camara, responsable des affaires sociales du syndicat, Aboubacar Sidiki Camara, comptable et secrétaire général adjoint, et Aboubacar Yansané, chargé de la santé, de la sécurité et de l’hygiène. Ils comparaissent libres. Les poursuites visent des faits d’outrage à agent, de violence et de voies de fait qui auraient été commis au préjudice de l’adjudant-chef Daouda Sankhon, garde du corps et aide de camp du gouverneur de la banque centrale, constitué partie civile. Aucun des trois n’a reconnu ces faits : tous ont plaidé non coupable au cours de leurs dépositions.
Selon la partie civile, les syndicalistes auraient tenté de forcer l’accès au bureau du gouverneur, passant outre les consignes de l’officier chargé de la sécurité. « Daouda Sankhon a été victime de préjudices moraux. C’est pourquoi, nous vous demandons de les condamner ces trois prévenus au paiement de 100 millions de francs guinéens », a déclaré Me Baba Nabé devant le tribunal.
Ils viennent crier, et au pire des cas, bousculer la porte. Momo Camara a bousculé la porte. Ils ont insisté mordicus devant le garde du corps, l’adjudant-chef Daouda Sankhon, qui était dans l’exercice de ses fonctions.
Issouf Fofana, procureur
Pour le représentant du ministère public, les faits reprochés sont établis. Il a relevé que les syndicalistes s’étaient présentés ce jour-là à la banque centrale vêtus de rouge, une couleur qui, selon lui, « symbolise la guerre ». Il a demandé au tribunal de retenir la culpabilité des trois hommes, puis de les condamner à un million de francs guinéens d’amende et au franc symbolique.
La défense conteste. Me Salomon Camara, l’un des avocats des prévenus, a invité le tribunal à écarter en bloc les demandes de la partie civile comme celles du parquet, et à renvoyer les trois syndicalistes des fins de la poursuite. Les plaidoiries de la défense se poursuivaient, selon Guineematin, au moment où la rédaction a pris connaissance de l’audience.
L’écart entre les deux demandes chiffrées mérite d’être situé. Cent millions de francs guinéens représentent environ cent fois le montant de l’amende réclamée par le parquet contre chaque prévenu. La partie civile, qui invoque un préjudice moral, ne poursuit pas le même but que le ministère public, lequel demande une sanction pénale et un franc symbolique. Une même audience, deux logiques distinctes.
L’affaire touche l’institution qui émet la monnaie guinéenne et supervise le système bancaire du pays. Elle oppose des représentants du personnel à la garde rapprochée du gouverneur, à l’intérieur même du siège de la BCRG. Ni la date du délibéré ni celle de la prochaine audience n’ont été communiquées.
Trois hommes attendent. Le tribunal correctionnel de Kaloum tranchera entre une relaxe et une condamnation qui, si elle intervenait, ferait jurisprudence pour les délégations syndicales des institutions publiques guinéennes.