Quatre millions et demi de conteneurs supplémentaires. C’est la capacité additionnelle que vise le port de Tanger Med avec sa troisième extension, annoncée par le cabinet royal marocain. Le complexe, installé sur le détroit de Gibraltar, face aux côtes espagnoles, a traité plus de 11 millions de conteneurs en 2025. L’opération doit porter ce plafond à près de 16 millions.
Le montage financier combine argent public et capitaux privés. L’État marocain apporte plus de 730 millions d’euros, selon le communiqué du cabinet royal repris par RFI dans une dépêche publiée le vendredi 30 octobre 2026. La direction du port attend par ailleurs 1,4 milliard d’euros des opérateurs, soit un ensemble supérieur à deux milliards d’euros. Un contrat de concession a été signé avec Maersk-APM, l’un des premiers armateurs et manutentionnaires mondiaux, pour développer le futur terminal à conteneurs.
Les travaux doivent être lancés rapidement. La mise en service, elle, est fixée à 2031, soit cinq ans après l’annonce. L’écart n’a rien d’inhabituel dans ce métier : la deuxième extension du port avait été décidée en 2007 et n’est entrée en exploitation qu’en 2019, douze ans plus tard. Un terminal à conteneurs se construit en digues, en tirant d’eau et en portiques, pas en déclarations.
Pourquoi cette course aux quais ? Parce que l’essentiel du trafic qui passe devant Tanger n’y a pas sa destination finale. Le port vit largement du transbordement : des navires géants venus d’Asie déchargent leurs boîtes sur un hub, où des navires plus petits viennent les reprendre pour desservir l’Europe du Sud, l’Atlantique et l’Afrique. Dans ce modèle, la capacité de stockage et la vitesse de rotation décident de tout. Un port saturé perd ses escales au profit du voisin, ici les terminaux espagnols situés à quelques milles nautiques.
Le site ne traite pas que des conteneurs. Plus de 1,7 million de passagers et plus de 400 000 véhicules transitent chaque année par le complexe, construit à partir de 2004 dans le nord-ouest du royaume. Cette mixité, fret, passagers, voitures, explique que l’infrastructure soit devenue un point de passage obligé entre les deux rives du détroit.
Le cabinet royal a annoncé dans le même temps la mise en exploitation prochaine du premier terminal de Nador West Med, un autre port situé à plus de 400 kilomètres à l’est de Tanger Med. Ce site doit accueillir un terminal de gaz naturel liquéfié d’une capacité pouvant atteindre cinq milliards de mètres cubes par an, une première pour le Maroc. Aucune date précise de démarrage n’a été communiquée.
Plus de 80 % des marchandises échangées dans le monde voyagent à bord de porte-conteneurs, rappelle RFI. Pour les chargeurs ouest-africains, qui expédient cacao, anacarde ou coton vers l’Europe et importent riz, engrais et véhicules, ces arbitrages entre hubs ne sont pas une abstraction : ils se lisent dans les délais d’escale et les taux de fret.
Reste la question que l’annonce laisse ouverte. Le trafic mondial sera-t-il toujours au rendez-vous en 2031, quand les premiers portiques de Tanger Med 3 entreront en service ?