Quatre pour cent. C’est la croissance du produit intérieur brut réel nigérian en 2025, alors que Moody’s tablait jusque-là sur un rythme de moyen terme proche de trois pour cent. L’agence a publié sa décision vendredi 28 août sur son site : la perspective attachée aux notes d’émetteur à long terme, en devises comme en monnaie locale, devient positive, sans changement sur la note elle-même, maintenue à B3.
Le raisonnement tient d’abord au compte extérieur. Moody’s cite des excédents courants de taille substantielle, une hausse des réserves de change, un fonctionnement amélioré du marché des devises et une transmission plus efficace de la politique monétaire. L’agence anticipe un excédent courant élargi à environ 6,1 % du PIB en 2026, avant un reflux à 4,1 % en 2027. Les réserves brutes de change, hors or, droits de tirage spéciaux et position au Fonds monétaire international, couvrent désormais quelque six mois d’importations.
Prises ensemble, les importants excédents courants et l’accumulation de réserves, si elles se maintiennent, réduiraient sensiblement la vulnérabilité extérieure du Nigeria
Moody’s Ratings, cité par Punch
La perspective dit la direction, la note dit le niveau. Et B3 demeure profondément en territoire spéculatif, plusieurs crans sous la catégorie d’investissement : autrement dit, l’État fédéral continue d’emprunter cher sur les marchés internationaux, et les entreprises nigérianes avec lui, puisque la note souveraine sert de plafond de fait à la plupart des émetteurs privés. En confirmant B3, Moody’s pointe des pressions budgétaires persistantes, une capacité de mobilisation des recettes encore limitée et une faible soutenabilité du service de la dette, malgré un endettement qualifié de modéré.
Sur les prix, le mouvement est net. L’inflation globale est retombée à 15,4 % en juillet 2026, contre 25,3 % un an plus tôt. Moody’s l’explique en partie par l’extinction progressive des effets des ajustements de prix consécutifs à la libéralisation du taux de change et à la fin de la subvention aux carburants, deux réformes engagées à partir de 2023 par le gouvernement du président Bola Tinubu, et par l’orientation restrictive de la Banque centrale du Nigeria.
Ce n’est pas la première révision favorable en un an. En juin 2025, Moody’s avait relevé les notes d’émetteur à long terme du pays de Caa1 à B3, la perspective passant alors de positive à stable. En mai 2026, S&P Global Ratings avait porté ses propres notes souveraines, en devises et en monnaie locale, de B- à B, avec une perspective stable, en s’appuyant sur trois années de réformes structurelles, une production et une capacité de raffinage pétrolières plus élevées et une balance des paiements renforcée.
Pour la suite, Moody’s fixe elle-même ses conditions : un relèvement de la note deviendrait possible si le pays consolide durablement sa position extérieure et réduit son exposition aux chocs, ou s’il adopte des mesures fiscales crédibles augmentant les recettes publiques. L’agence attend par ailleurs une production pétrolière graduellement plus élevée pour soutenir l’activité en 2026 et 2027, avec une croissance qui resterait autour de quatre pour cent, portée aussi par l’économie non pétrolière.
Le scénario inverse est écrit noir sur blanc : une dégradation des tampons extérieurs, un retour des déséquilibres ou un affaiblissement marqué de la croissance ramèneraient la perspective à stable. Tout dépend désormais de ce que l’État fédéral parvient à percevoir.