« On ne va pas continuer à exporter que du minerai. » La formule, Bouna Sylla l’attribue au président Mamadi Doumbouya, qui l’aurait prononcée devant l’ensemble des investisseurs miniers du pays le 8 avril 2022. C’est de cette rencontre que découle, selon le ministre des mines et de la géologie, l’engagement de construire la raffinerie de Dobali.
Le chantier a démarré le 12 décembre 2025. La visite des deux membres du gouvernement visait à constater l’avancement des travaux et à échanger avec les responsables du projet. Ni le coût de la raffinerie, ni sa capacité, ni son calendrier de mise en service n’ont été communiqués.
Bouna Sylla a rappelé ce qu’il attend des sociétés minières installées dans le pays : « toutes les entreprises qui ont des engagements de réaliser des raffineries doivent respecter et, pour qu’il y ait plus de chaînes de valeur dans notre pays, qu’il y ait plus d’impact économique en termes d’emploi, en termes de création de valeur, de business pour les entreprises à capitaux guinéens, mais également en termes de formation. Là, la réalisation de cette raffinerie va contribuer, va enclencher l’industrialisation de notre pays, en passant de la bauxite à l’alumine et demain, après-demain, de l’alumine à l’aluminium », a déclaré le ministre, cité par Vision Guinée. Les entreprises concernées n’ont pas été nommées.
L’enjeu tient à une mécanique industrielle simple. La bauxite extraite du sol est un minerai brut, dont la valeur marchande reste faible au regard des produits qu’on en tire. Il faut d’abord la raffiner en alumine, puis fondre cette alumine par électrolyse pour obtenir de l’aluminium métal. Chaque étape ajoute de la valeur, des emplois qualifiés et des commandes pour les sous-traitants locaux. La Guinée, l’un des tout premiers exportateurs mondiaux de bauxite, expédie aujourd’hui l’essentiel de sa production sans la transformer. Le minerai part brut.
Le ministre de l’environnement et du développement durable a présenté sa présence sur le site comme un accompagnement, non comme un contrôle. « Le ministère de l’environnement se positionne en conseil et en accompagnateur. Ce n’est pas un blocus », a dit Fassou Théa, qui a jugé le constat de terrain « très satisfaisant ». Les deux ministres se sont, selon lui, « engagés de marcher ensemble » pour appliquer les orientations du chef de l’État sur la transformation locale.
Reste la question que la visite laisse ouverte : combien d’opérateurs miniers ont réellement souscrit un engagement de raffinage depuis avril 2022, et combien ont posé une première pierre ? Dobali est un chantier. Ce n’est pas encore une usine.