La décision, elle, est plus ancienne. C’est le 19 juillet 2026, à Lungi, en Sierra Leone, que la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Cedeao, réunie pour sa 69e session ordinaire, a désigné le nouveau directeur général du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest. Le mandat court sur quatre ans.
Mam Cherno Jallow a 60 ans. Né le 10 juillet 1966 à Banjul, il est économiste financier de formation, passé par l’université islamique internationale de Kuala Lumpur, où il a obtenu une licence en sciences économiques, puis par le Centre africain d’études supérieures en gestion (CESAG) de Dakar, où il a décroché un MBA en banque et finances, avec une spécialisation en marchés financiers et finances d’entreprise. Trente-cinq années d’activité professionnelle séparent ces diplômes de sa nomination.
Seize ans dans les rouages de la Cedeao
L’homme évolue dans l’environnement institutionnel de la Cedeao depuis seize ans. D’octobre 2015 à janvier 2019, il dirige à la Commission de la Cedeao la coopération avec les marchés émergents et développés, un portefeuille qui l’amène à travailler sur les relations de la communauté avec la Turquie, la Chine et les pays du groupe des BRICS. De janvier 2019 à décembre 2021, il est chef de la planification stratégique, du suivi et de l’évaluation au cabinet de la vice-présidente de la Commission, à Abuja, où il contribue à l’élaboration du cadre stratégique communautaire et des programmes de travail à moyen terme des institutions et agences de l’organisation.
Avant les institutions régionales, il y a eu le monde des affaires. De février 2010 à septembre 2015, Mam Cherno Jallow dirige la Fédération des chambres de commerce et d’industrie d’Afrique de l’Ouest (FEWACCI), qu’il s’emploie à redynamiser tout en portant la voix du secteur privé dans les discussions sur les politiques économiques régionales. Il avait auparavant passé six ans comme directeur exécutif de la Chambre de commerce et d’industrie de Gambie. En 2010, son pays lui décerne la distinction de Membre de l’ordre de la république de Gambie, au titre de sa contribution au développement économique.
La maison qu’il prend en charge, il la connaît de l’intérieur. Il rejoint le GIABA en janvier 2022 comme chef de la planification stratégique et de la mobilisation des ressources, fonction qu’il occupe jusqu’en décembre 2023, puis assure depuis janvier 2024 l’intérim de la direction de l’administration et des finances, supervisant à ce titre la gestion administrative et financière du GIABA ainsi que celle du Centre de la Cedeao pour le développement du genre. Marié, il est bilingue anglais-français, avec une bonne connaissance de l’arabe et une pratique professionnelle de l’espagnol, selon Lefaso.net.
Ce que le blanchiment coûte aux banques de la région
Que change une telle nomination pour un commerçant de Banjul ou un importateur d’Abidjan ? Le GIABA n’accorde pas de crédit et ne fixe pas de taux, mais il évalue la conformité des dispositifs nationaux contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Ces évaluations comptent : elles nourrissent les décisions des instances internationales de normalisation, et un pays jugé défaillant voit ses banques perdre des correspondants étrangers, ses transferts de diaspora renchérir, ses opérateurs multiplier les justificatifs pour un simple virement. Le coût de la mauvaise réputation financière ne se lit pas dans un budget public. Il se paie en commissions bancaires et en délais.
Le nouveau directeur général arrive à un moment où les États ouest-africains doivent renforcer leurs capacités face aux flux financiers illicites. Il ne s’est pas encore exprimé publiquement sur ses priorités. Quatre ans, dans cette institution, c’est le temps d’un cycle complet de réformes engagées avec les cellules nationales de renseignement financier.