Deux cents francs : c’était le tarif pratiqué sur les berges de la Nganza par des enfants qui aidaient les motards à franchir le lit de la rivière, entre les quartiers de Kamayi et de Muimba, à Kananga. Et quand la pluie tombait, aucun montant ne suffisait : il fallait attendre que l’eau redescende. Ce passage a désormais un pont.
L’ouvrage, construit par le gouvernement provincial du Kasaï-Central, ouvre la traversée aux piétons, aux cyclistes et aux conducteurs de motos. Les usagers interrogés par Radio Okapi disent franchir la rivière même par temps de pluie, ce qui leur était impossible auparavant.
Le changement se mesure d’abord au petit commerce. Des vendeuses de légumes installées au bord de la route racontent qu’elles devaient passer dans l’eau pour rejoindre leurs points de vente, et que la crue emportait parfois les personnes, les marchandises et l’argent. Elles acheminent aujourd’hui leurs paniers à pied sec. Les taxi-motos, eux, économisent le péage informel et les minutes perdues à attendre la décrue, sur un axe qu’ils empruntent plusieurs fois par jour.
Le financement provient de la taxe conventionnelle, un prélèvement perçu à l’échelon provincial. Ni le coût du chantier ni la durée des travaux n’ont été communiqués, pas plus que le nombre d’usagers attendus sur l’ouvrage.
Kananga, chef-lieu du Kasaï-Central, est bâtie sur des sols sableux où les eaux de ruissellement creusent des ravines qui coupent les rues et isolent des quartiers entiers pendant la saison des pluies. Chaque franchissement rétabli élargit le rayon d’action des commerçants d’un côté et de l’autre du cours d’eau. C’est peu à l’échelle d’une province. C’est beaucoup pour deux quartiers.
Reste une menace, signalée par les riverains : une tête d’érosion progresse à proximité et met en danger le pont autant que la route qui y mène. Les usagers réclament son traitement. Aucun calendrier de travaux n’a été indiqué. Le pont tient ; la ravine, elle, est toujours là.