Quatre mille nairas la place, d’Onitsha, dans l’État d’Anambra, jusqu’à l’État de Kogi, et autant pour le retour. Quinze mille par la route. L’écart, soit près de quatre fois le prix, est donné par Friday Idakwo, piroguier de 20 ans originaire de Kogi, qui travaille au parc à pirogues du marché d’Ose-Okwodu, sur la rive du fleuve Niger.
Ses clients ne voyagent pas les mains vides. Ce sont, dit-il, des commerçants qui circulent entre Onitsha, Benue, Delta et Kogi. Ils descendent des zones rurales avec des ignames, du taro, du gari et du poisson, écoulent leur marchandise à Onitsha, puis remontent chargés de bière, d’eau minérale, de tissus et de produits d’épicerie destinés aux villages. Le fleuve fait ici office de route commerciale, avec ses propres tarifs et ses propres risques.
Onitsha compte parmi les plus grandes places marchandes du Nigeria, adossée au Niger, ce même fleuve qui traverse la Guinée, le Mali et le Niger avant de rejoindre le delta nigérian. À hauteur de Lokoja, dans l’État de Kogi, il reçoit la Benoué. Cette confluence dessine un corridor fluvial que les petits transporteurs empruntent quand le transport routier devient trop cher pour les marges d’un commerçant de vivres.
Le piroguier défend son métier. Sur l’eau, affirme-t-il, il n’y a ni retard, ni rançonnement policier, ni barrage de contrôle, ni braquage, ni accident de la circulation. Il ajoute que les pirogues ne chavirent pas sans raison : le danger vient, selon lui, de deux embarcations qui se croisent sans ralentir, la vague remplissant alors les coques. Ces affirmations sont les siennes et n’ont pas pu être vérifiées de façon indépendante.
Je conseille toujours à mes passagers de mettre leur gilet de sauvetage quand nous sommes sur l’eau. Ainsi, en cas d’incident, ils ont les meilleures chances d’être secourus.
Friday Idakwo, piroguier
Interrogé par Vanguard sur les passagers perdus au cours de ses traversées, Friday Idakwo dit n’en compter qu’une, une femme noyée de nuit après le retournement de sa pirogue au milieu du fleuve. Il indique avoir ramené son mari vivant. Le quotidien évoque par ailleurs des accidents d’embarcations signalés dans plusieurs régions du pays, sans en donner le décompte.
Reste l’équipement. Un gilet de sauvetage coûte au plus 10 000 nairas, selon le piroguier, soit plus du double du billet qu’il facture pour la traversée vers Kogi. Qui l’achète, le passager ou le batelier ? La réponse n’apparaît pas. Apprendre à pagayer prend moins d’un mois pour qui s’y intéresse, dit encore Friday Idakwo : la barrière à l’entrée du métier tient moins à la formation qu’au prix du matériel de sécurité.