Dix mille milliards de dollars en six mois. C’est la progression enregistrée par l’Institut de la finance internationale (IIF) sur le premier semestre 2026, qui porte le stock de dette mondiale à 365 000 milliards de dollars, soit environ 310 % du produit intérieur brut de la planète. La comparaison impressionne mais demande une précaution : la dette est un stock accumulé, le PIB une richesse produite chaque année. Personne n’a à rembourser trois années de production d’un coup.
D’où vient cette hausse ? Les États empruntent pour couvrir leurs déficits, les ménages et les entreprises continuent de recourir au crédit, et de nouvelles dépenses structurelles s’ajoutent. L’IIF parle d’un « super-cycle » de dette : l’emprunt ne sert plus seulement à amortir des crises passagères, il finance des transformations de long terme.
Rapporté au PIB, le ratio s’est pourtant détendu d’environ 25 points depuis son sommet de 2021. L’embellie est en partie optique. L’inflation gonfle la valeur nominale de la production, donc le dénominateur, sans qu’aucun emprunteur ait remboursé quoi que ce soit. La part de la dette paraît plus petite ; la dette, elle, n’a pas bougé.
Cette même inflation a produit un second effet, plus coûteux. Pour la contenir, les banques centrales ont relevé leurs taux directeurs. Les nouveaux emprunts se paient donc plus cher, et les anciens aussi : quand une obligation arrive à échéance, l’émetteur doit la remplacer par une autre, émise aux conditions du moment. Une dette contractée à bas taux il y a cinq ans se refinance aujourd’hui à un prix sans rapport.
S’enclenche alors un engrenage que les ministres des Finances connaissent bien. Plus la dette est lourde, plus la charge d’intérêts pèse ; plus elle pèse, plus le déficit se creuse ; plus il se creuse, plus il faut emprunter. Chaque point de budget absorbé par les intérêts est un point qui ne va ni aux hôpitaux, ni aux routes, ni à la réserve de crise. Or les besoins d’investissement s’accumulent, selon l’IIF, dans la défense, l’énergie, l’intelligence artificielle et les transitions écologique et technologique.
Le mécanisme vaut pour tout emprunteur souverain, quelle que soit sa taille. Un État qui se finance en devises sur les marchés internationaux paie le taux de référence de la monnaie concernée, majoré d’une prime liée au risque qu’il représente. Quand le socle monte, la facture monte pour tous, y compris pour les émetteurs africains qui se tournent vers les marchés obligataires plutôt que vers les prêts concessionnels. Ce renchérissement ne se voit pas le jour de l’émission : il se lit des années plus tard, ligne « service de la dette », dans la loi de finances.
Reste la dimension politique. À l’approche d’échéances électorales, les gouvernements se résignent rarement à des mesures budgétaires impopulaires. L’IIF met en garde contre une dégradation continue des trajectoires d’endettement, tandis que le Fonds monétaire international demande aux États d’assainir leurs comptes publics. Dans un scénario défavorable, la dette publique mondiale rapportée au PIB atteindrait un niveau jamais observé depuis 1948.
Les gouvernements ne maîtrisent ni les taux, ni le calendrier. Les échéances, elles, tombent.