Trois propositions de loi. C’est le nombre qu’avance Abdou Mbow pour illustrer ce qu’il décrit comme un échec du travail législatif de la majorité, dans une intervention diffusée sur RFM et relayée le vendredi 28 août par Dakaractu. Selon le député, ces textes n’auraient pas passé le contrôle de constitutionnalité. « C’est la première fois dans l’histoire du Sénégal », a-t-il lancé.
L’élu ne conteste pas l’arithmétique parlementaire, il conteste la méthode. Disposer d’une majorité de sièges ne suffit pas à faire une loi, argumente-t-il, plaidant pour que les députés étudient les dossiers et sollicitent une expertise avant de légiférer. « Dañu wara jàngi, dañu wara wuti xam-xam, dañu wara xool naka lañuy légiférer », a-t-il déclaré en wolof, invitant ses collègues à apprendre, à chercher le savoir et à examiner sérieusement la façon dont on écrit un texte.
Vient ensuite l’attaque la plus directe, celle qui vise les compétences revendiquées par le camp au pouvoir. « Parce que mënu loo yow, nga nekk majorité parlementaire, nga ne nga am 4 000 cadres, nga ñëw Assemblée nationale, mënu loo defar benn loi bu baax », a-t-il asséné. En substance : une formation qui se réclame de milliers de cadres devrait, selon lui, être capable de produire un texte juridiquement solide.
Le député dit avoir renoncé à jouer les conseilleurs. « Dootuma leen conseiller, parce que dañio deugueur bopp, ñakk nañu xam-xam, duñu déglu », a-t-il affirmé, reprochant à ses adversaires, dans la glose qu’en donne Dakaractu, leur obstination, un déficit de savoir et un refus d’écouter les mises en garde.
La distinction que soulève Abdou Mbow n’est pas de pure forme. Une proposition de loi émane des députés eux-mêmes, sans le filtre du travail interministériel et des avis juridiques qui accompagne un projet de loi porté par le gouvernement. Le Conseil constitutionnel, saisi avant promulgation, peut alors écarter tout ou partie du texte, et la disposition censurée tombe. Chaque revers de cette nature coûte des semaines de procédure et renvoie les auteurs à leur copie.
L’ancien parlementaire de la coalition sortante élargit sa critique au terrain économique, où il accuse le pouvoir de fragiliser à la fois les comptes du pays et les institutions. « Parce que boo déstructurer l’économie du pays, tey bëggé déstructurer li nga xam ne mooy des ci ay institutions… », a-t-il poursuivi, sans avancer de chiffre à l’appui.
Il appelle enfin les Sénégalais à la vigilance, estimant que le débat déborde l’affrontement classique entre majorité et opposition. « Je pense que Sénégalais yépp tey war nañu taxaw, xam ne ñii, non seulement ce sont des populistes, mais ay manipulateurs lañu », a-t-il lancé.
Depuis les législatives anticipées du 17 novembre 2024, la majorité contrôle largement l’hémicycle et l’ordre du jour. C’est elle qui décidera de la suite. Aucune réponse publique de ses représentants à ces accusations ne figure dans le compte rendu de l’émission.