La rencontre s’est tenue jeudi 27 août au matin, à Addis-Abeba. Baboucarr Ousmaila Joof, ministre gambien de la Défense, y était accompagné de Jainaba Jagne, représentante permanente de la Gambie auprès de l’Union africaine. Face à eux, Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’organisation panafricaine.
Les deux hommes ont échangé sur l’évolution de la situation politique et sécuritaire en Afrique de l’Ouest, avec une attention particulière portée au Sahel et à la Casamance, selon le compte rendu publié par The Standard. Ils ont mis en avant les processus politiques pacifiques, la gouvernance constitutionnelle et la poursuite des efforts régionaux face à des menaces communes. Mahmoud Ali Youssouf a réaffirmé l’engagement de la Commission auprès de Banjul et son soutien à la contribution gambienne à la stabilité régionale.
Rien n’a filtré d’un éventuel programme de coopération, ni d’un calendrier de suivi.
Reste que la mention de la Casamance n’a rien d’anodin pour la Gambie. Le pays s’enfonce comme une langue de terre dans le territoire sénégalais et sépare la Casamance du reste du Sénégal. Depuis 1982, cette région du Sud vit au rythme d’une rébellion indépendantiste, la plus ancienne du continent, ponctuée ces dernières années de dépôts d’armes et de négociations. Les populations frontalières, elles, circulent entre les deux pays pour cultiver, vendre et se soigner.
L’enjeu est aussi commercial. La Casamance vit d’anacarde, de riz et d’échanges transfrontaliers, et le corridor routier qui relie Dakar à Ziguinchor traverse la Gambie, franchissant le fleuve au pont de la Sénégambie, ouvert début 2019 après des décennies de traversées en bac. Chaque tension sécuritaire dans la zone se paie en heures d’attente, en détours et en marchandises immobilisées.
Que change une visite de courtoisie à Addis-Abeba ? Sur le terrain, rien pour l’instant. Elle indique en revanche que Banjul, longtemps périphérique dans les discussions sécuritaires régionales, cherche à faire entendre sa voix au-delà de la Cedeao, auprès d’une institution continentale qui dispose de ses propres instruments de médiation et d’observation.
La prochaine étape se jouera moins dans les salons éthiopiens qu’aux abords du fleuve Gambie. C’est là que se mesurera l’engagement annoncé.