Le ministre de l’Innovation, de la Science et de la Technologie, Kingsley Udeh, a posé la condition en termes industriels : le Nigeria ne peut pas fermer sa frontière aux panneaux venus de l’étranger tant que les fabricants installés sur place n’ont pas la capacité de couvrir la demande intérieure. Le projet d’interdiction est donc suspendu. Aucune échéance de réexamen n’a été indiquée.
L’argument avancé par le gouvernement est double. Restreindre l’offre ferait monter le coût de l’électricité pour les ménages et les entreprises, et ralentirait le basculement vers les énergies propres, au moment où le solaire sert de solution de repli à un réseau électrique défaillant.
Car c’est bien là que se joue l’affaire. Les coupures sont quotidiennes dans la plupart des villes nigérianes, et des millions de foyers, de commerces et d’ateliers fonctionnent au groupe électrogène, donc au carburant acheté au prix du marché. Les panneaux et les kits solaires, importés pour l’essentiel, se sont imposés ces dernières années comme l’alternative la moins chère à cette facture de gasoil. Renchérir le panneau, c’est renchérir chaque kilowattheure produit sur un toit.
Le réflexe protectionniste, lui, n’est pas nouveau à Abuja. Le Nigeria a déjà employé la restriction des importations comme instrument de politique industrielle, du riz au ciment, avec l’idée de forcer l’émergence d’une production nationale. La méthode a parfois fait naître des usines. Elle a aussi, à chaque fois, fait grimper les prix pendant la période où l’offre locale ne suivait pas.
Que recevront en échange les fabricants nigérians de panneaux, privés de la protection douanière qu’ils espéraient ? Le ministre n’a pas détaillé de mécanisme de soutien à leur montée en puissance, et aucun calendrier n’a été communiqué.
La décision intervient alors que le calendrier politique s’accélère. Le président Bola Tinubu lancera sa campagne pour la présidentielle de 2027 à Kaduna le 24 octobre, a annoncé le directeur général du conseil de campagne du parti au pouvoir, l’APC, Abdulaziz Yari, qui cite Rivers et Borno parmi les étapes suivantes. Le chef de l’État doit installer ce conseil de campagne le 14 octobre, écrit Premium Times.
Premier marché du continent par sa population, le Nigeria pèse sur les volumes de panneaux qui transitent par les ports de la région. D’ici au réexamen du dossier, les conteneurs continuent d’entrer. Les usines locales, elles, attendent de savoir sur quoi elles pourront s’appuyer.