Un écart de 540 milliards de francs CFA, environ 823 millions d’euros, sur la seule subvention à l’énergie : c’est le cœur du texte que les députés ont écarté le mardi 3 novembre à Dakar. La majorité l’a refusé. Sorti de la séance, Cheikh Diba s’est présenté devant la presse pour renvoyer la décision au chef de l’État : « Le président va assumer ses responsabilités et prendra les dispositions qu’il faut », a déclaré le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan.
Cheikh Diba reproche aux députés d’avoir refusé l’examen du texte. Selon lui, ils ne voulaient pas que le peuple sache « ce qui était en train de se jouer ». Le gouvernement, rappelle-t-il, entendait soumettre au Parlement une « modification substantielle » des projections de recettes et de dépenses, procédure normale d’un collectif budgétaire en cours d’exercice. « Ils ne veulent pas que les Sénégalais sachent », a-t-il répété, estimant que le débat aurait pu s’ouvrir.
Le ministre justifie la révision par la crise au Moyen-Orient, qui a « impacté substantiellement » le coût du baril de pétrole et le prix de l’énergie. Les chiffres qu’il avance disent l’ampleur du décalage : la loi de finances initiale inscrivait 250 milliards de francs CFA de subvention à l’énergie, soit environ 381 millions d’euros, quand 790,3 milliards, près de 1,2 milliard d’euros, seraient nécessaires. L’écart, environ 540 milliards, représente plus du double de l’enveloppe votée. Ces subventions servent à contenir les tarifs payés par les ménages et les entreprises.
Que se passe-t-il faute de collectif budgétaire ? L’exécution se poursuit sur la base de la loi de finances initiale, donc sur l’enveloppe de 250 milliards. Pour Cheikh Diba, rejeter la LFR revient à écarter la volonté de l’État d’accompagner les populations, et il dénonce « un amalgame ou une manipulation » de la part de ceux qui affirment que le gouvernement ne veut pas le faire.
Le ministre s’est également adressé aux députés de la majorité, auxquels il a lancé : « Vous voulez fuir le débat ». L’Assemblée issue des législatives du 17 novembre 2024 est pourtant dominée par le Pastef, le parti au pouvoir. Le même jour, le député Abdou Mbow, du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, a mis en cause l’institution parlementaire après les observations de Cheikh Diba sur le rapport de la commission des Finances consacré au texte.
Dans les rangs du pouvoir, l’ancienne Première ministre Aminata Touré a réagi au rejet dans des termes voisins de ceux du ministre : « C’est un cas de figure prévu dans notre constitution et le président de la République prendra ses responsabilités pour que le pays ne soit pas bloqué », a-t-elle déclaré, selon Dakaractu.
La décision remonte donc au palais. Bassirou Diomaye Faye n’a pas encore parlé.