Un rapport de la police espagnole, consulté le mercredi 2 septembre par plusieurs médias, décrit tout autre chose qu’un débordement subi. L’unité de renseignement qui a enquêté sur les journées des 30 et 31 juillet relève l’absence de toute « tentative sérieuse » des forces de l’ordre marocaines d’éloigner la foule du « périmètre frontalier », et note que certains policiers ont indiqué aux migrants par où passer.
Les enquêteurs s’arrêtent aussi sur une catégorie d’hommes filmés au milieu des migrants : pas d’uniforme, mais des profils comparables, athlétiques, t-shirts et polos neutres, pantalons longs, casquettes. Ils semblent organiser l’écoulement de la foule. Autant d’éléments que le document juge incompatibles avec un mouvement de masse purement spontané, selon le texte que cite Dakaractu. Le rapport n’attribue pour autant aucune responsabilité aux autorités marocaines dans l’arrivée de dizaines de milliers de personnes en deux jours.
Devant les députés réunis à Madrid, Pedro Sánchez n’a pas bougé d’un pouce. Le Premier ministre continue de dédouaner Rabat, tout en promettant d’agir « avec fermeté » si des preuves solides de son implication apparaissaient. La droite et l’extrême droite espagnoles contestent cette ligne depuis un mois.
Sur un autre front, le chef du gouvernement s’est montré plus tranchant. Il a condamné les déclarations récentes de deux ministres marocains revendiquant la marocanité de Ceuta et de Melilla, et appelé le roi d’Espagne à se rendre dans les deux villes dans les prochaines semaines. Le précédent est lourd : la dernière visite d’un souverain espagnol, en 2007, avait ouvert une crise diplomatique avec Rabat.
Le Maroc tient ces deux territoires pour occupés, sans porter la revendication devant les Nations unies. Sa priorité diplomatique reste le Sahara occidental, dossier sur lequel Madrid soutient le plan d’une autonomie sous souveraineté marocaine. Ce soutien n’a pas empêché des tensions : en juillet, Pedro Sánchez s’est rendu en Algérie, et certains analystes estiment que l’afflux des 30 et 31 juillet pourrait constituer un message adressé par Rabat à Madrid.
Reste le décompte des personnes concernées, et il ne fait pas consensus. La majorité des migrants entrés fin juillet ont quitté l’enclave, mais quelque 5 000 s’y trouvent encore selon le gouvernement central, 10 000 selon les autorités locales de Ceuta. L’écart entre les deux chiffres n’a pas été expliqué.
Aucune date n’a été annoncée pour le déplacement du roi. C’est elle que les deux capitales attendent.